Entretien avec l’auteur de notre création

 

 

 

Samuel Gallet rédige actuellement le texte de notre futur spectacle « Mon visage d’insomnie ». Nous lui avons posé quelques questions. Septembre 2020.

 

-L'ÉPHÉMÈRE : As-tu reçu des « consignes » pour cette commande d’écriture ?

-Samuel Gallet : C’est un échange assez spontané avec Vincent Garanger qui a fait naître ce projet théâtral. Didier Lastère et Vincent étaient à la recherche d’un texte. J’étais moi-même en train de réfléchir à une forme avec trois personnages, une sorte de huis-clos dramatique, autour du genre du thriller, de l’horreur ou de l’épouvante. J’avais l’image d’un vieux bâtiment au bord de la mer, dans un petit village, de jeunes gens poursuivis par la police. Vincent et Didier ont manifesté de l’intérêt pour cette écriture à venir. Les seules contraintes furent donc le format de trois personnages et la date de rendu.

-Est-ce que tu as terminé d'écrire cette pièce ?

-Pas encore, une première version doit être achevée mi-octobre.

- Qu’est-ce qui t'a donné envie d'écrire sur ce sujet ?

-J’ai eu il y a quelques mois l’occasion de travailler dans un centre de vacances pour mineurs non accompagnés, dans un
petit village en Normandie. Avant même de découvrir le lieu et les jeunes, j’ai su qu’il fallait que j’en fasse le lieu d’une
fiction. Un village au bord de la mer, environ 250 habitants, majoritairement retraités, avec un vote important pour le
rassemblement national, des plages immenses frappées par le vent, des jeunes mineurs non accompagnés accueillis dans
un centre de vacances. Tout cela me semblait pouvoir raconter quelque chose de notre époque. Et puis il y a la situation
actuelle des violences policières, le racisme systémique, les grands mouvements pour les droits sociaux aux États-Unis
comme en France avec le mouvement ADAMA. Ma découverte récente et très tardive chez moi de Lovecraft m’a enfin
véritablement donné l’impulsion et le cadre pour écrire. Je me suis dit que tout cela – ce décor, cette actualité et ces
influences – pouvait raconter quelque chose de singulier. Il y aura cet homme d’une cinquantaine d’année, incernable et
ambigüe, ce tout jeune homme noir qui cherche un avenir et cette jeune occidentale qui se consacre aux autres en lutte
avec son propre égoïsme. La pièce racontera cette relation entre trois personnages incertains dans un univers qui
bascule dans l’horrifique.

-Le texte risque encore d'évoluer d'ici le passage au plateau ? Ou tu n’y toucheras plus ?

-J’essaie toujours de rendre, avant le début des répétitions, des textes les plus aboutis possible parce que le travail sur la
langue me demande beaucoup de temps à l’écart des enjeux des acteurs et du plateau. En fonction des échanges avec
l’équipe, des répétitions, il est cependant fort possible que des choses évoluent, se modifient, s’enrichissent. C’est un
texte adressé à un metteur en scène et comédien que je connais et pour des acteurs et actrices avec qui j’échangerai et
continuerai à travailler.

-Suivras-tu l'évolution de la création ?

-Je serai là bien sûr au début des répétitions et nous serons – comme nous le sommes – en dialogue constant tout au long
de la création.

-J’ai lu le poème de Stanislas Rodanski. Peux-tu nous en dire plus sur le titre que tu as donné à la pièce :
« Mon visage d’insomnie » ?

-Rodanski est un poète surréaliste qui m’a beaucoup marqué. C’est un homme qui s’est enfermé à Lyon dans un hôpital
psychiatrique à 27 ans pour ne plus jamais en ressortir. Son œuvre – qu’il n’a pas pris la peine de chercher à publier – se
caractérise par un refus radical de la réalité. Je crois que cette indistinction entre rêve et réel, entre réalité et fiction, ce
refus radical d’une société qui nous terrifie, sont des thématiques qui me parlent beaucoup. Le sommeil, le rêve,
l’insomnie. La pièce parlera également d’hallucinations, de paranoïa, d’incapacité de savoir si ce que nous avons vu a
véritablement eu lieu dans le réel. Il y a également une citation de Lovecraft : “Il y aura toujours une certaine
proportion de gens qui ressentiront une curiosité brûlante à propos des espaces extérieurs inconnus, et un désir brûlant
d’échapper à la prison du connu et du réel, pour atteindre ces pays enchantés de l’aventure incroyable que nous
ouvrent les rêves, et que des choses comme les forêts profondes, les tours urbaines fantastiques, ou les crépuscules
enflammés nous suggèrent un instant. »

« Homme d’occasion
Orchidée pure
Dans la nuit de haine
Je suis la route confondue à la durée
Atteindre l’absolu
Quitter l’écran avant le jour…
Je fixe ma voie dans le verre
Je vois à travers et la fumée bleue
aux dedans de soie
Mon visage d’insomnie. »
Requiem for me – Stanislas Rodanski

 

Mon visage d’insomnie, du 17 au 22 mai au Théâtre Paul Scarron.

Accès chantier le jeudi 29 avril 2021.

 

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