Tasmanie — FABRICE MELQUIOT

 

Le diable de  Tasmanie est un marsupial carnivore vivant exclusivement sur l’île de Tasmanie. Il est caractérisé par sa fourrure noire, son hurlement puissant et inquiétant, son tempérament agressif et l’odeur forte qu’il dégage lorsqu’il est stressé.

 

Chez Conrad Cyning.

Salon, vaste et blanc.

Un coin bar ; des alcools forts.

Trois fauteuils de cuir noir.

Sur une table de verre, le corps d’une chienne.

Traces de sang sur la table.

Le vétérinaire, dans l’urgence. Ustensiles. Gants blancs.

Conrad Cyning dicte un discours à sa secrétaire. Il porte un costume sombre, dont il a ôté la veste. Il vient de défaire le nœud de sa cravate.

Souad Arpelinge le suit, agitant un dictaphone.

Cris déchirés de la chienne en travail.

 

CONRAD CYNING. «  Ce pays. Je n’appellerai plus ce pays “France”,  je ne l’appellerai plus. Par souci de vraisemblance, je ne dirai plus “France”  pour parler de notre pays. Je parlerai du peuple, oui, j’emploierai le mot “peuple”, quand vous en aurez fini avec ce vilain mot qui passe, au regard de nos grandes espérances, pour un juron : population, ne parlons pas du peuple, parlons de vous, parlons de la population » – Attendez. Qu’est-ce que vous lui faites là ?

LE VÉTÉRINAIRE. Une injection d’ocytocine.

CONRAD CYNING. Dans quel but ?

LE VÉTÉRINAIRE. Contraction de l’utérus. Le petit est déjà là, mais – Il est gros. Il est seul. Un seul chiot, je ne –

CONRAD CYNING. Est-ce qu’elle souffre ?

LE VÉTÉRINAIRE. Elle pourrait. Je n’ai jamais vu une –

CONRAD CYNING. Il ne faut pas. Je vous interdis. Elle ne doit pas souffrir. Elle ne peut pas. Bref. Faites de votre mieux, et mieux que votre mieux, faites ce que vous n’avez jamais fait, étonnez-vous. Étonnez-moi. Nous disions ?

SOUAD ARPELINGE. « Je n’appellerai plus ce pays “France”, je ne l’appellerai plus. Par souci de vraisemblance – »

LE VÉTÉRINAIRE. Allez, ma belle, allez. Pousse.

CONRAD CYNING. « – je ne dirai plus France pour parler de notre pays, je parlerai du peuple quand vous en aurez fini avec ce mot qui passe, au regard de nos grandes espérances, pour un juron : population, ne parlons pas du peuple, parlons de vous, parlons de la population, usons du mot population. C’est un joli mot, un peu triste. Joli, parce que  nous y sommes tous réunis comme au coin d’un feu. Triste, parce que nous regardons les flammes devenir braises et les braises devenir cendres, sans jamais se demander qui, le premier, va saisir le tisonnier. Il n’y a pas de peuple français. Vous n’êtes pas un peuple, nous ne sommes pas un peuple. De la population. Je vous regarde sans baisser le front – »

LE VÉTÉRINAIRE. Jamais vu un crâne de cette taille. Il va tout déchirer. Je dois faire une césarienne.

CONRAD CYNING. Une césarienne ? Comme pour une femme ?

LE VÉTÉRINAIRE. Tout se fait très simplement. Les mêmes gestes. Les mêmes. Ne vous inquiétez pas.

SOUAD APERLINGE. Monsieur Cyning, votre discours doit être – Vous savez. Pour la réunion de demain, avec tout le staff. Dans une demi-heure, il faudrait que – Vous souhaitez vraiment parler de la souffrance ? C’est-à-dire que – Je vous en prie.

CONRAD CYNING. Ma petite – Comment vous appelez-vous déjà ?

 

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