TAC — PHILIPPE MINYANA

Prologue. Habitants parlent
Habitants parlent de cet incident où il est clair qu’on a offensé Gérard
TAC puisqu’on a jeté sa mémoire aux orties.
Ils ressassent ce qu’ils ont entendu dire.– Comment saisir les faits et gestes de l’habitant qui comme les autres
habitants vit d’un salaire ou d’une pension ou d’une retraite qui en
principe a fait son nid dans telle ou telle rue parce que le hasard ou le
prix élevé des loyers – et là c’est un quartier à loyers
modérés – l’a mené là et pas ailleurs en ce qui concerne la personne dont
il va être question monsieur Tac on peut affirmer qu’il est né là dans
l’appartement dont il est question (un trois pièces).
– C’est un quartier vivant où logent employés commerçants une grande
quantité d’immigrés après on dira ce qu’on voudra que c’est un quartier
populaire en grande partie reconstitué pour la simple raison qu’il a été
qualifié d’insalubre de surpeuplé.
– Monsieur Tac collectionnait timbres vieux tickets (métro cinéma)
revues et fascicules.
– Il avait guetté sur le corps de sa mère les premières alertes de l’extrême
vieillissement quand il les avait repérées il avait ressenti une certaine
joie qui lui semblait inexplicable.
– Tac ne frayait pas ignorant tout un chacun ne saluant pas dormait sur
son paillasson (mais nous y reviendrons).
Un des habitants lit article journal.
– « Mes collections étaient éclectiques je comptais trier je ne l’ai pas fait
les vieux canards les collections voyez-vous ça me faisait un entourage.
»
– Odile qui avait été sa compagne était petite nerveuse et pâle ( elle
n’avait pu s’habituer au bric-à-brac qu’il y avait dans l’appartement
haussmanien) elle portait des vêtements qui tassaient sa silhouette ses
cheveux étaient très fins c’était ce qu’on appelle une petite blonde fragile
cependant elle était gloutonne ce qui étonnait chez ce bout de femme
elle était inodore incolore on l’imaginait plongée dans des romans dès
qu’ elle y plongeait ça lui tombait des mains quand elle avait rencontré
Tac elle était intérimaire dans une société de transports.
– Tac était expert-comptable et puis après dans les assurances – Ah bon
les assurances – Comment dire c’est un homme qui n’a jamais pu se
plier aux exigences du monde il porte (même en juin) manteau polo et
béret.
Un des habitants lit article journal.
– « Maman s’intéressait à mes collections (livres brochures) Odile en fait
ça l’emmerdait. »
– Tac a tourné à l’angle de la rue des Orteaux et il a perdu ses forces
c’était un matin de juin onze heures environ où tout est à découvert à
cause de la lumière les gens les choses aussi c’est dans ce petit flottement de fin de matinée que s’engouffrent les évidences telles que
tout est possible et rien n’est possible ou bien encore la réalité est
inconcevable.
– Qu’est-ce qui s’est passé exactement dis-le – On y vient.
– L’appartement est grand moulures parquet quand Tac y venait c’est
qu’il avait dégotté un truc qui s’ajoutait à la collection.
– Donc Tac tourne le coin de la rue des Orteaux Paris Xxème et ses
jambes fléchissent…
Texte non publié

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