PRENDRE… appel, donner… corps, rendre… l’âme

de Perrine GriselinThéâtre Parenthèse

L’histoire.
… Pour peu que l’on puisse parler d’une histoire. Il s’agit plutôt de personnages, de ce qu’ils disent, ce qu’ils interrogent. Ils sont nombreux. Ils sont vingt, mais trois hommes et deux femmes suffisent à les interpréter tous. Ce sont des « ahuris » qui interrogent le monde, dans son incommensurable chaos, dans son « non sens » (à l’anglaise : une situation absurde, irrationnelle mais bien réelle pourtant). Ce qui est tout un programme – un programme très cohérent même, l’air de rien, vu sa constance – avec cette question récurrente : « Pourquoi ? » qui revient comme une ponctuation. Ou plutôt comme un rappel, car c’est bien de ça qu’il s’agit, genre : pourquoi le monde est-il ce qu’il est, que fait-on là et pourquoi s’y prend-on si mal ?…

 

Extrait

Interlude sanglant.

Kuriace du Hard : Que je vous explique non parce que j’ai peur que si je ne vous explique rien vous n’allez rien comprendre et si vous ne comprenez rien vous allez m’envoyer au trou jusqu’à perpette et ça c’est un truc que j’y compte pas trop quand même ! J’y tiens à ma liberté c’est même la chose au monde à laquelle je fais le plus attention parce que c’est fier un homme libre et que ma fierté c’est un truc que voyez je pourrais aller sans chapeau c’est un truc qui me gênerait pas jamais même je crois mais sans fierté c’est même pas la peine que j’y pense d’entrée ça me rend malade je dirais même que ça aurait tendance à me rendre neurasthénique voilà : « l’absence de fierté rend l’homme libre neurasthénique » c’est un dicton populaire peu connu je vous l’accorde mais dicton et populaire quand même et c’est à tenir compte on ne peut pas faire sans impunément les dictons populaires…

Texte Perrine Griselin
Ecrit dans le cadre d’une résidence d’écriture au CNES – La Chartreuse de Villeneuve les Avignon, en mars 04.

Mise en scène : Jean-Michel Coulon.

Scénographie : Magalie Lochon

Avec :
Vincent Fouquet
Gaël Guillet
Anne Marchand
Sébastien Valignat
Valérie Vivier.

Lumières : Diégo Peucelle
Construction : Eric Vuillaume, Sylvain Desplagnes

Coproduction : Ville de Moulins .

Qui sont-il, ces personnages ? On ne le sait pas. Ils sont là comme attendant Godot, rendant compte de quelques faits divers un peu pataphysiques, quatre « interludes sanglants » qui décrivent, avec art, quatre façons plus ou moins féroces de mourir ou de donner la mort. Façons féroces, improbables, pourtant tout à fait vraisemblables tant est forte et précise la conviction de leurs descriptions. On meurt, là, de façon zoophilique, carnassière, systématique et artistique. On peut y voir un matricide, un meurtre incestueux, …
Mais ces « interludes » ponctuent d’autres abîmes, plus existentiels ceux là… Hannah Arendt n’écrivait-elle pas qu’une des plus grandes difficultés de notre existence est d’accepter que celle-ci n’a aucune raison d’être ?

Il y a du Beckett là-dedans, dans la retenue, avec de la rage. Il y a du Guyotat par certains vertiges d’écriture. Du Valletti, aussi, avec sa colère contre l’injustice sociale. Enfin, il y a une énergie vitale, urgente, générationnelle, intempestive et très irréductible !

Luc De Maesschalck.

Ce qui nous unit, avec Perrine Griselin, c’est que l’on est pareillement tempétueux.
Ce qui nous assemble, c’est la colère, c’est ce rythme intérieur, cet espèce d’emportement insensé. Elle écrit comme j’aimerais écrire si j’écrivais : dans le rythme et dans le rire…
J’ai envie de faire rire !… Parce que tout ça est tellement à pleurer.

Tout ça, c’est de l’histoire de mort. C’est l’histoire de nos morts et de nos guerres, des histoires que l’on aimerait mieux voir sur une scène que derrière nos volets… Perrine Griselin parle de la mort, de morts, de guerres et de choses qui relèvent de l’ordre du chaos, mais qu’elle conduit sur les sentiers du rire.
Car si on ne veut pas en pleurer, il reste à en rire.

Le mécanisme du rire, chez elle, vient du trop plein,
du « trop » !
Elle écrit trop !… Il y en a trop !
Et puis, il y a le culot avec lequel elle fait ça.
Quel culot !

C’est un texte où il y a des silences. Ces silences sont à entretenir.
Enfin, c’est un texte qui recouvre un cri,
un cri qui dirait : « Pourquoi… !? ».

Comme Patrick Vignau, Jon Foss, Jean-Luc Lagarce…, Perrine Griselin correspond à mes extrêmes. Les premiers sont dans le secret. Elle, elle dit tout – plus que tout ! – mais avec elle, comme avec eux, on atteint le fond du puit. Et c’est par là même qu’en moi, elle les rejoint.

Enfin, comme chacun sait, le rire augmente notre espérance de vie.

Jean-Michel Coulon.

 

Dates

18 janvier 2006 à 20h30
19 janvier 2006 à 18h30
20 janvier 2006 à 20h30

Théâtre Paul Scarron.

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