POUR LOUIS DE FUNES — VALERE NOVARINA

Le théâtre ne doit plus recommencer. La scène ne doit plus recommencer à se repeupler pour déverser tout ce qui vient : lutte de trucs, chute de quoi, rengaines de gloses en traductions, coupure des trois en deux, torsions grammaticales, masculinades, vie des hommes-troncs, passage des têtes aux émancipateurs, sonneries des preuves par quatre, partition des choses en humain-humanoïde métaux-métalloïdes, peinture en noir, teinture en blanc, matière en avalanche : de la sciure, du sable, de l’eau, du plexiglas, du formica, du trompe-l’oeil, du caoutchouc, grillage à trous, colonnes doriques, neige, pluie, levers de lune, roseaux, plafonds à caissons.Je ne peux plus voir, tant j’en ai vu : des hôpitaux, des ruines mycéniennes, des stations d’épuration reconstituées et des animaux en poil vrai. Enormément de décor toujours à chaque fois – mais j’ai très peu vu de chair d’homme, peu entendu sonner le français, peu entendu les consonnes, les rythmes, peu vu entrer l’acteur en vrai.

Loin d’ici, écrabouilleurs de syllabes, arlequins en bois, pantins stylés, colibris nationaux, confuseurs de voyelles, faux rythmiques, feints ivrognes, diseurs pâteux, doubleurs lourdesques, singes symétriques, instruments de monodie, loin d’ici metteurs en choses, metteurs en ordre, adaptateurs tout-à-la-scène, poseurs de thèses, phraseurs de poses, imbus, férus, sclérotes, doxiens, dogmates, segmentateurs, connotateurs, metteurs en poche, adaptateurs en chef, artistes autodéclarés, as de la conférence de presse, médiaturges, médiagogues, encombreurs de plateau, traducteurs d’adaptations et adaptateurs de traductions, vidéastes de charité, humains professionnels, librettistes sous influence, sécheurs d’âmes, suiveurs de tout, translateurs de tout, improvisateurs de chansons toutes faites, loin d’ici, Monsieur Purgon ! mettez-les loin d’ici !

Je voudrais qu’on éteigne la lumière sur le théâtre maintenant et que tous ceux qui savent, qui croient savoir, reviennent au théâtre dans le noir, non pour encore et toujours regarder, mais pour y prendre une leçon d’obscurité, boire la pénombre, souffrir du monde et hurler de rire. Souffrir du mètre, du temps, des nombres, des quatre dimensions. Entrer dans la musique.

Venez, vous qui n’êtes pas d’ici. Entrez, enfants doués d’obscurité, vous qui vus savez nés de l’obscurité, venez ! Venons, assistons ensemble à la levée du trou. Car le théâtre n’est sur scène rien d’autre que la représentation d’un trou. Voilà l’idée à creuser. Voilà l’idée que Louis de Funès voulait creuser pour moi.

Louis de Funès était au théâtre un acteur doué d’une force extraordinaire, un danseur fulgurant qui semblait aller au delà de ses forces, excéder la demande et donner au public dix fois plus que les figures attendues, tout en restant parfaitement économe de son effort et toujours prêt à recommencer.


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