PETITES PAUSES POÉTIQUES — SYLVAIN LEVEY

 

– Combien de zéros après le quatre ?

– Je sais plus moi

– Six ou sept zéros derrière le quatre ?

– Je sais plus je te dis.

– C’est important. T’as pas le droit de dire si tu sais pas.

– Non mais c’est vrai, y’en a marre de ceux qui disent et qui savent pas.

– Six.

– Six. T’es sûr et certain ?

– Ca fait combien ça dit ? Ca fait combien ?

– Quatre zéro zéro zéro zéro zéro zéro. Ca fait. Attends que je calcule. Putain. Vache. Ca fait quatre millions.

– C’est dingue. Quatre millions. Ici. Tu le crois toi ? Dis-moi. Tu le crois ?

– T’es sûr. T’es certain ou quoi ?

– Comme je vous le dis.

– Tu te rends compte quand même. Six zéros après le quatre. Ici juste à côté de chez nous.

– Je peux partir maintenant ?

– Tu vois pas. On cause. Laisse-nous causer tu veux. On te lâchera quand on voudra. C’est nous les chefs. Demain ce sera toi. Pour aujourd’hui c’est nous.

– Ca marche comme ça mon pote. Chacun son tour.

– Chacun son tour et à tour de rôle comme dirait mon frère.

– Six zéros après le quatre.

– Ca fait chaud au cœur tu crois pas. Six zéros après le quatre.

– Avec ça tu t’achètes une Mercedes coupé-cabriolet Kompressor.

 

– Et des skates, des skeuds et tu paies un resto à celle que t’aimes. T’imagines la taille du chèque ?

– T’as jamais vu le chèque ? C’est grand comme ça environ. Faut être deux pour le porter. Tu vas à la banque en camion.

– La signature ils l’écrivent à la peinture. Je te jure.

– Tu rigoles toi ?

– Non.

– Il est pas bien malin de rigoler hein pendant qu’on cause.

– Faut pas rigoler pendant qu’on parle bisenesse-bisenesse.

– Quatre zéro zéro zéro zéro zéro zéro. Rien qu’en grattant avec ton ongle sur un papier pas plus grand qu’une boîte d’allumettes. La loterie c’est l’avenir mon pote. T’imagines la tête du type devant ses six zéros. Tiens si ça se trouve c’est lui, là le gars qui passe avec son manteau chicos.

– T’es pas un peu fou non ? Toi on te donne un chèque gros comme ça et tu restes ici ? Tu gagnes le gros lot et tu restes planté dans ce trou qu’est si pourri ? Moi le lendemain je suis déjà parti avec ma Mercedes coupé-cabriolet Kompressor et je vais dans le Sud avec des filles aux décolletés comme ça je te jure comme ça , dans le Sud je te dis mais je reste pas ici, ça non je reste pas ici.

– T’es encore là toi ? Allez dégage.

– Allez casse-toi avec tes histoires de zéros après le quatre.

– Y en a marre des comme toi qui nous mettent des rêves plein la cervelle.

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– Le rocher est faux.

– Arrête.

– Comme je te le dis. Une armature métallique avec du béton dessus.

– Arrête avec ça.

– Le rocher du zoo est faux je te dis. Du béton, du toc quoi…

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