PERCOLATEUR BLUES — FABRICE MELQUIOT

 

CYRIL. Tu sais que ce n’est pas la recherche du bonheur qui est le grand mobile des actions des hommes, mais le souhait inhérent à chacun de tes actes : « ne pas être celui que je suis ».

Je relis plusieurs fois l’épigraphe de La Connaissance du soir.

A mes pieds dort une loutre.

Et des hommes qui ont tout perdu, pas seulement leurs pas.

Je vais faire un tour.

Les départs comptent leurs voix basses sur les quais.

On scande l’arrivée des banlieusards qui viennent prendre leur fonction, une banquette de skaï tatouée sur le cul.

Les trains aspirent et déglutissent. Les brasseries, les guichets, les marchands de presse comme les trains.

Sous l’horloge les taxis remuent, crocodiles à fleur de bitumes. On aspire, on déglutit, j’en profite pour cracher dans le matin de l’avenue que l’Opéra là-bas ponctue de sa transparence.

 

Je travelling en douce sur des vitrines oubliables. Il fait beau et dans un miroir au passage, je me trouve pas mal non plus.

J’ai des idées sur tout mais des pensées en berne. Sur le trottoir de l’avenue, je cherche des pensées, mais les fleurs ici ne poussent pas.

 

Je me rappelle cette phrase au flanc d’un incipit : tu sais que ce n’est pas la recherche du bonheur qui est le grand mobile des actions des hommes, mais le souhait inhérent à chacun de tes actes : « ne pas être celui que je suis ».

 

Loin, les taxis crocodiles devant la gare.

Insupportable, l’aube qui s’achève. Je me sens crocodile à tant me lamenter, c’est qu’ici les fleurs ne poussent pas et mon cul ah mon cul vaut bien celui des preneurs de fonction, je suis enfermé, comme eux, dans un château de cartes.

Et l’automne qui approche, j’ai horreur de l’automne.

 

J’entre en silence dans le vestibule de la pension. Le rideau lilas traîne son ourlet sur la moquette.

Je dors encore.

Je dors et c’est très mal vu chez les veilleurs de nuit.

Je fais la moue devant mon double endormi.

J’ai oups ! le hoquet soudain non c’est mon rêve qui hoquette et se déchire, une ouverture à l’iris dans le rideau, je boite sur un chemin de brousse, un chat sauvage me couse me rattrape me chope au mollet, je rêve qu’on se bat le chat et moi, la poussière soulevée nous aveugle, le chat sa patte dans ma bouche, bon dieu ses griffes dans ma gencive, je saigne, l’instant d’après je joue au tiercé dans les Alpes et perds quarante-sept francs, les rêves c’est souvent con.

 

LA FILLE DU GARDIN DE PHARE. Monsieur Nightingale habite ici ?

 

CYRIL. La première chose que je remarque chez cette fille, c’est la fille elle-même, la deuxième l’insistance avec laquelle elle regarde mes lèvres, je crois que je lui plais, ma bouche surtout, non merde je bave, voilà pourquoi, merde le sommeil a parfois des conséquences, un revers de manche et je rougis ah quel con, je serais moins gêné si elle était moins jolie, Nightingale, le gardien de phare, qu’est-ce que cette fille veut à Nightingale ?

 

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