ONZE DÉBARDEURS

de Edward Bond  – Théâtre de l’Ephémère

Un fait divers comme point de départ :

A côté de chez moi, il y a une école dans un quartier misérable, très délabré.… Un jour, un des élèves de quatorze ans a eu une dispute avec un autre et a menacé de le tuer : on a probablement tous dit ça ? Mais lui avait un couteau, parce que dans la communauté d’où il venait, pour être humain, il fallait porter un couteau. Le directeur lui a demandé ce qu’il faisait avec ce couteau. Ils se sont disputés et l’élève a poignardé le directeur. Ce qui n’aurait pas dû arriver. Après ça, il a été décidé de fermer l’école et l’élève a été jeté en prison. Un des professeurs m’a alors dit que ce n’était pas possible, que tous ces gosses allaient se retrouver à la rue, et qu’il fallait que j’écrive une pièce pour que cela ne se reproduise plus.

Notes d’intention
Un rapprochement insoutenable.Après la création “Les souliers rouges” de Tiziana Lucattini, une pièce sur le thème de l’enfance confrontée à la violence de notre monde d’aujourd’hui, “Onze débardeurs” s’est imposée, d’autant qu’elle est écrite par l’un des plus grands dramaturges actuels : Edward Bond. Cette écriture théâtrale qui vient compléter “Les pièce de guerre 1 et 2”, provoque un rapprochement physique parfois insoutenable. La réalité n’est plus virtuelle ou télévisuelle, elle est là, palpable, provocante. La guerre, la violence n’est plus au loin, chez les autres, elle est là, devant nous et pose alors la question de notre responsabilité individuelle et collective à trouver une solution pour arrêter le déroulement d’un cauchemar où nos propres enfants et adolescents sont contraints à un “jeu” cruel et destructeur.Un espace bi-frontal (deux gradins en vis-à-vis) permettra ce rapprochement pour chaque spectateur. Un couloir central où s’exposeront les sept unités constituant la pièce “Livre, Veste, Portait, Leçon, Reco, Toit, Tour”. Divers sols matiérés se dérouleront pour symboliser les tableaux de l’histoire : intérieur d’un lycée, une rue devant le portail du lycée, un terrain militaire, une ville assiégée, l’intérieur d’une ruine, un grenier. Des objets qui surgissent en suspension : mannequins pour entraînement militaire, livres, vêtements déchirés, les 11 débardeurs…
… Garder la dimension de suggestion de l’espace vide, chère à Edward Bond… Un éclairage et un univers sonore qui peu à peu nous emmènent dans une dimension onirique où les images, les sons, la langue subissent une distorsion, où la réalité est si forte que l’on croit qu’on la rêve…Didier Lastère.La presse
“Onze débardeurs” bouscule l’espace scénique au théâtre Scarron.Deux blocs de gradins pleins à craquer et tout en longueur se toisent, séparés juste par une bâche de plastique noir posée à même le sol. Où les spectateurs sont-ils immergés jusqu’au cou ? De quelle partie de ce déroutant espace scénique central, sans élément de décor et aux airs de couloir de la mort, naîtra ce qu’on nomme communément
l’action ?Car nous sommes au théâtre. Au Scarron exactement. Le billet en témoigne : c’est ce mercredi que se joue la première d’une pièce signée Edward Bond, dont le titre lui aussi semble passer à la lessiveuse les repères et indices bien reposants du sens : “Onze débardeurs”.
Noir dans la salle. Vrombrissement. Torse nu, cheveux ras, plaque militaire au cou, “il” émane comme dans un rêve d’un halo de fumée. Je jeune homme, hagard et sonné tel un boxeur, traverse la scène sans dire un mot, sous l’œil sévère d’un militaire un uniforme et d’une enseignante postés de part et d’autre. Les deux pendants d’une vie frappée au sceau de la violence.Descente aux enfers.
Durant une heure trente, le texte mis en scène par le Théâtre de l’Ephémère prend aux
tripes et dérange. L’histoire d’un ado sans repères, emmuré vif dans le silence, dont le parcours ressemble à une lente descente aux enfers. Après le collège où il lacère un livre et la veste d’un camarade, voilà le coup de couteau fatal donné au professeur, la dure formation militaire devant l’instructeur en chef, le premier cri poussé, baïonnette à la main face au mannequin de chiffon, puis le sale temps de la guerre ventre à terre. Sans rien comprendre, ballotté comme un fêtu de paille, notre homme embarque vers la noire barbarie.
On saluera le jeu des cinq comédiens, l’incroyable richesse des éclairages et des effets sonores. Et la belle invention scénique de ces sols qui coulissent lentement à caque changement de lieu, accentuant l’aspect cauchemardesque de la pièce. Comme si la vie du personnage, constamment, s’obstinait à se dérober sous ses pieds.Le Maine Libre – 20/11/2000

Photos du spectacle : http://www.flickr.com/photos/theatredelephemere/sets/72157626958303159/

Reportage de France 3 durant les répétitions :

Dates

* Du 14 au 17 novembre, du 21 au 24 novembre, du 28 au 30 novembre 2007 et le 1er décembre 2007 – Théâtre Paul Scarron/Le Mans* 27, 28 et 29 mai 2008 – Laval (53)* 14, 15, 16 et 21, 22, 23 octobre 2008 – Théâtre Paul Scarron/Le Mans* Du 24 au 29 novembre 2008 – Nouveau Théâtre d’Angers (49)* 16, 17 et 18 décembre 2008 – Onyx/Saint Herblain (44)

… la tournée de Onze débardeursreprendra dès le début de la saison 2010-2011.

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