Minetti

de Thomas Bernhard – Le Passage, Centre de création artistique/Fécamp

 

C’est le soir de la Saint-Sylvestre à Ostende, c’est soir de fête, un soir de fête comme n’importe quel soir de fête.

Dans un hall d’hôtel, chacun, par la force de l’habitude, s’apprête à passer la soirée de la manière qui convient. Le portier, un porteur engagé pour la circonstance, une habituée qui boit et rit sans retenue, des clients parés pour la fête, allant et venant, rentrant et sortant…

Un lieu « plein de malentendus ».

Survient celui que personne n’attend, l’acteur, d’ordinaire un habitué des hôtels, antichambre du Théâtre. Pourtant, il y a longtemps que la société, qui sait se prémunir contre toute attente extraordinaire, s’est aussi prémunie contre les dérives artistiques au profit du divertissement. Et l’artiste a plongé dans une solitude « où il n’y a que les choux-fleurs pour se dire bonne-nuit ».
Mais ce soir, le vieil acteur a rendez-vous avec un directeur de théâtre, c’est ce qu’il dit, pour un grand projet de spectacle, Shakespeare, King Lear, pour une victoire sur lui-même, lui qui a refusé toute sa vie la littérature classique par haine du « classicisme » au point de voir sa carrière détruite par des « sénateurs ». Comme un terroriste de l’art.

Ce soir de Saint-Sylvestre, il remet en jeu sa vie, il dégoise, il éructe, et de quoi parle t-il ? De Shakespeare, un classique pour une fois ; de son Art, sous le regard de ceux qui se fichent bien de ce qu’il raconte en attendant la fin de la tempête. Car une tempête de neige, bien réelle, s’est levée au dehors. Il y succombera.

Ecrite en 1976 après sa rencontre avec Bernhard Minetti (1905-1998), immense acteur doutre-Rhin, Minetti est la septième pièce de l’auteur Thomas Bernhard.
Véritable roi de l’art théâtral, le comédien Bernhard Minetti a traversé le XXe siècle en interprétant plus de trois cent rôles. Grand acteur, monstre sacré de la scène théâtrale allemande des années soixante-dix et quatre-vingt, grande figure du Berliner Ensemble fondé par Brecht, il a accompagné les metteurs en scène les plus novateurs au cours de sa longue carrière.
Thomas Bernhard affirme détester les acteurs mais admirer le seul Minetti. Et c’est ainsi qu’il lui consacre un texte qui est autant une profession de foi qu’un questionnement sur la vocation théâtrale où l’acteur, le public, le directeur de théâtre occupent toutes les pensées du vieux Minetti. Thomas Bernhard s’inspire ici des traits biographiques réels qu’il mêle à la fiction.

Extrait

Minetti:

« Le monde veut de la distraction mais il faut le perturber… Le perturber… Le perturber ! »

Mise en scène: Patrick Michaëlis, Guy Lavigerie


Traduction: Claude Porcell


Avec:
Patrick Michaëlis, Zbigniew Horoks, Jean-Maire Lardy, Ksenia Chebaturkina, Maryse Ravera.

Scénographie, costumes : Gérard Didier

Lumières: Joël Hourbeigt

Création musicale et sonore: Ghédalia Tazartes

Construction décor:
Les Ateliers du Préau

Production : Le Passage, centre de création artistique de Fécamp.

Coproduction : Le Préau, centre dramatique régional de Vire.

Dates

Jeudi 23 avril à 18h30
Vendredi 24 avril à 20h30

Théâtre Paul Scarron

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