MARCIA HESSE — FABRICE MELQUIOT

 

Marcia l’été prenait le temps de vivre

 

Une presqu’île.

La maison sur la presqu’île.

La seule maison.

La maison des Hesse.

Soir de la Saint-Sylvestre.

Tempête.

À marée basse, on peut traverser à pied ; à marée haute, on ne passe plus. Henri Reverdy et Georgia Hesse préparent la table, dans le séjour.

Cuisine américaine.

Pierres froides, boiseries, feu dans la cheminée.

Jérôme Hesse cuit des pommes de terre dans la cendre.

Franck Hesse regarde dans une bassine des centaines de vénus et de praires. Yvonne Hesse est assise dans un grand fauteuil capitonné.

Charlotte Lacroix et Juliette Wagner, tête penchée sur le côté, lisent dans la bibliothèque le titre des ouvrages, souvent poussiéreux.

 

CHARLOTTE LACROIX. Vous êtes sûre, madame Hesse ?

GEORGIA HESSE. Certaine.

HENRI REVERDY. Ces couteaux n’ont plus de dents.

GEORGIA HESSE. Bien sûr qu’ils ont des dents. C’est parce qu’elles sont petites.

JULIETTE WAGNER. Vous les avez tous lus ?

YVONNE HESSE. Ce sont des dents de petit enfant.

GEORGIA HESSE. Non.

HENRI REVERDY. Presque.

YVONNE HESSE. Les couteaux ont les dents si petites qu’on dirait des enfants.

FRANCK HESSE. Moi, je les ai tous lus.

JÉRÔME HESSE. Tu parles. Franck n’a jamais ouvert un seul de ces livres. Il est allergique au papier.

YVONNE HESSE. Je faisais une plaisanterie.

JULIETTE WAGNER. Je ne savais pas que Baudelaire avait une correspondance.

CHARLOTTE LACROIX. Comme tout le monde.

JÉRÔME HESSE. Il écrivait des lettres, Charles, tu sais ; il avait des amis.

JULIETTE WAGNER. Geronimo, occupe-toi de tes patates.

CHARLOTTE LACROIX. Son éditeur, s’appelait comment, déjà, Poulet-Quelque chose ?

JÉRÔME HESSE. Auguste Poulet-Malassis.

HENRI REVERDY. Poulet-Malassis ?

CHARLOTTE LACROIX. C’est ça !

HENRI REVERDY. Dur à porter.

CHARLOTTE LACROIX. Heureusement que Baudelaire s’appelait Baudelaire.

JULIETTE WAGNER. À Sainte-Beuve, 1860 : « Si vous partagez mon goût, je vous recommande le pain d’épice anglais, très épais, très noir, tellement serré qu’il n’a pas de trous ni de pores, très chargé d’anis et de gingembre. On le coupe en tranches aussi minces que du roastbeef, et on peut étaler dessus du beurre ou des confitures – Tout à vous. Aimez-moi bien. – Je suis dans une grande crise. » Charles Baudelaire, 22, rue d’Amsterdam.

YVONNE HESSE. Personne ne m’écoute.

CHARLOTTE LACROIX. Si à l’école on nous apprenait que Baudelaire mangeait du pain d’épice, on le verrait autrement.

 

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