Ma vie de chandelle — FABRICE MELQUIOT

 

Ce pourrait être une chambre, mais ce sera davantage.

Un lit, si grand que l’on pense que c’est un ring.

Deux tables de chevet, si éloignées du lit, qu’on se demande si elles ne boudent pas les dormeurs.

Un fauteuil, si profond qu’on y disparaît une fois assis.

Une fenêtre, sans rideaux ni volets.

Deux portes.

L’une donne sur le monde, au fond.

Quand on la prend, un carillon retentit, jouant une mélodie qui varie à chaque fois, altérée par les allées et venues.

L’autre porte, surgie du sol, en équilibre, donne sur la salle de bains, qu’un lavabo résume à lui seul.

Dans un lit, un homme et une femme endormis, un bras hors du lit, in bras par-dessus l’épaule de l’autre, les autres bras disparus sous les draps, une jambes sous le bassin de l’autre, les autres jambes impossibles à comprendre et les visages si proches que les soufflent se confondent.

Assis au bord du lit, un homme désenchanté.

Il se lève.

S’approche, fragile.

Il sourit, mal à l’aise.

 

L’AUTRE HOMME, au public. Il n’y aura pas de spectacle… Il n’y en aura plus… Je comprends que vous soyez déçu. On ne va pas se quitter comme ça.

L’autre homme sert un drink à quelques spectateurs.

Le verre de l’amitié. A la vôtre. Je pensais qu’on vous avait dit, pour le spectacle. Que c’était fini. Qu’on vous avait prévenus.

J’ai pas prévu à boire pour tout le monde.

J’ai pas prévu de boire, mais faut pas que vous soyez venus pour rien. A la vôtre. C’est comme ça. Il n’y aura pas de spectacle. On aura de nouveau le regard propre, comme après un collyre, c’est moi qui vous le dis, on a terminé d’applaudir au premier silence étudié, terminé d’étudier le silence pour y faire entrer des applaudissements, comme s’ils allaient de soi. J’ai le regard propre et le monde  je le vois tel qu’il est.

Ca ne rigole pas tellement.

Moi qui croyais que la vie c’était ça : des rires systématiques et forcés, des applaudissements étudiés, on se comprend ? Il n’y aura pas de spectacle, il n’y en aura plus, puisque j’aime. Nom d’un chien. Vous partez en week-end au bord d’un canal qui n’a son nom sur aucune carte, vous vous dites les brochets, les carpes, la petite friture, rien de tel pour mettre de côté le spectacle et le job et le stress de notre ordinaire, on en reviendra frais comme un gardon. Vous partez taquiner le goujon, vous revenez vous aimez, nom d’un chien c’est trop con.

L’homme endormi gémit dans son sommeil.

L’autre homme le regarde, regarde la femme allongée près de lui.

Souriez. Je compte jusqu’à trois à trois vous applaudissez, vous riez comme des phoques, à trois on prend son pied, un deux trois. Souriez, Mesdames et Messieurs. Rien, vous avez vu ? Il n’y aura plus de spectacle puisque c’est moi, il n’y aura plus de moi puisque j’aime. Puisque je vous dis que j’aime. Je compte jusqu’à trois, personne ne bronche. J’étais le spectacle. Une bête de scène, Mesdames et Messieurs. J’entrais sans prévenir, juste avant la star. Les rires, les applaudissements, je les démarrais comme une bagnole, même en hiver, même un public gelé, je comptais jusqu’à trois, toujours un bon mot, dans ma main je vous tenais et vous picoriez de rires et d’éclats ce que je vous donnais, le starter c’était moi, le feu aux poudres, chauffeur, j’étais chauffeur de salle. Je conduisais sans les mains, les foules, la masse, vous, je vous menais par le bout du nez.

 

Vous voulez connaître la suite ?

Plusieurs possibilités :

Commander le texte dans une bonne librairie (Editions L’Arche)

L’emprunter à la médiathèque du Mans

Venir le lire à la bibliothèque-centre de ressources du théâtre Paul Scarron. Le fonds est composé de 2000 textes édités ou non, d’ouvrages de référence, de pédagogie, d’histoire du théâtre, …. N ‘hésitez pas à nous appeler pour annoncer votre visite.

,

Les commentaires sont fermés.