LITTLE BOY LA PASSION

de Jean-Pierre CannetThéâtre Icare

Quelques instants avant le largage de la bombe au dessus d’Hiroshima, le pilote américain George Kane aperçoit une jeune femme japonaise, Ginko. Cette vision le possède.
De retour aux Etats-Unis, il ne supporte pas d’être accueilli en héros. Il lui est impossible de renouer avec sa vie d’avant. Il fuit le contact des siens, notamment de sa femme Fanny, et se fait appeler Little Boy, nom donné à la bombe atomique.
George Kane entend Albert Camus à la radio, seul intellectuel occidental à dénoncer Hiroshima. Il part pour la France.
Vingt-cinq ans plus tard, une jeune fille enquête au centre de la mémoire d’Hiroshima. Elle apprend l’identité de ses parents. Son père est un officier américain, un certain George Kane. Elle cherche à le rencontrer à Paris, dans une chambre d’hôtel.

Extrait

George Kane – Je crois que j’ai crié. Malgré moi, je n’ai pu retenir mon cri. Un cri comme quand on rêve et qu’un coup de hache vient fêler ce rêve. Peut-être était-ce seulement pour te dire de te sauver, vite !
Sauve-toi, petite, cours plus vite que tes jambes !
En bas, la ville ne se doutait de rien. Elle était réveillée, grouillante déjà de son va-et-vient ordinaire, le gazouillis de ses mille parfums, marchés de fleurs ou de poissons l’agglomérat de ses riens, marchands ambulants, vendeurs à la sauvette. Moi, je me suis penché et je n’ai vu que toi, minuscule tête d’épingle, tout en bas, sur la Terre. Tu as entendu l’avion, tu as dressé la tête. Tu es restée immobile, à l’intersection de deux rues, alors qu’autour de toi les gens prenaient peur et s’éloignaient. Tu as dû te dire…

Ginko – Un avion, c’est un avion américain.

George Kane – Tu as probablement pensé fuir avec les autres, tu ne l’as pas fait. Au contraire, tu t’es renversée vers le ciel, tout ce bleu à pleine goulée qui te baignait la gorge et les yeux.
Tu as scruté plus haut que l’avion, à cet instant il n’a plus existé pour toi. Bien au-delà. Comme si tu voulais atteindre, plus haut que le soleil, atteindre quoi ? Puis ton visage s’est incliné vers la carlingue miroitante. Et tu m’as regardé. Avec tes yeux, avec ta gorge. Trop belle, peut-être, ou d’une beauté qui m’était interdite ?
N’était-ce pas un signe, comme le début de la monstruosité qui allait s’abattre dans un instant ? C’est inouï, alors, la précision avec laquelle tu m’es apparue ! L’ovale de ton visage peigné de longs cils noirs. L’esquisse d’un mouvement et tes cheveux suivaient comme des algues lentes. Ton corps si frêle mais comme tu étais fière, debout, forte comme une éternité de fille. Un visage engage la responsabilité de celui qui le regarde. Nous nous sommes engagés. Rien, aucune force, n’aurait pu détacher nos regards.
Ginko, comment pourrais-je connaître ton prénom si tu étais restée muette ?

Ginko – Oui, nous nous sommes parlés.

George Kane – Moi, tout en haut dans cet avion bombardier et toi, si petite, tout en bas, sur la terre d’Hiroshima. Malgré la distance, je jure que nous nous sommes aimés.

Texte de Jean-Pierre Cannet, publié aux Editions Théâtrales

Mise en scène : Christophe Rouxel

Avec : Romain Blanchard, Bénédicte Chevallereau,
Maryline Leray, Nicolas Sansier, Sarah Viennot

Scénographie : Claire Sternberg, assistée de Camille Muret
Costumes : Hervé Vital
Lumières : Christophe Olivier, assisté de Rodrigue Bernard
Son et vidéo : Benjamin Rouxel
Régie Générale : Paul Seiller

Coproduction : Maison de la Culture de Loire-Atlantique
En partenariat avec le Théâtre de l’Ephémère du Mans

 

Dates

Mercredi 11 octobre à 20h30
Jeudi 12 octobre à 18h30
Vendredi 13 à 20h30
Samedi 14 octobre à 19h

Théâtre Paul Scarron

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