Les Physiciens

de Friedrich Dürrenmatt –  Théâtre Octobre

Tout paraît si paisible, dans le salon des « Cerisiers », clinique psychiatrique au confort désuet que dirige la doctoresse Von Zahnd, une vieille fille bossue issue d’une puissante famille ; un clone de la fiancée de Frankenstein. En l’espace de quelques jours, pourtant, deux ignobles crimes viennent d’y être perpétrés. Les victimes : deux infirmières. Les présumés coupables : des malades se prenant pour des physiciens sous les identités usurpées de Newton et Einstein. Un peu dépassé par ce cluedo grand-guignolesque, l’inspecteur Voss, sorte de Colombo des Alpes, mène l’enquête. Fatalité ou complot, survient bientôt un troisième meurtre. Le mathématicien Möbius, un autre
pensionnaire, en est l’auteur.
de Friedrich Dürrenmatt – Théâtre Octobre

Une véritable histoire de fou où le plus fou n’est pas forcément celui qu’on croit. C’est ici un autre enjeu de l’œuvre, qui nous convie aux jeux hautement théâtraux des vertiges de l’identité.
Avec quelle maîtrise et quelle jubilation !

Luigi Pirandello aurait apprécié, Serge Valletti rirait à coup sûr. Car, avec ses faux airs de bande dessinée et de série policière, la pièce de Dürrenmatt est drôle, malgré l’ombre vénéneuse du champignon atomique et les menaces de destruction de l’humanité qui en constituent l’axe central. Hiroshima, Tchernobyl et Bhopal, gravés dans la mémoire collective, ne sont peut-être que les signes avant-coureurs d’un cauchemar plus effroyable encore.

On peut lire les Physiciens comme une variation des mythes de Faust ou du Cheval de Troie. En filigrane on y entend aussi des échos du célèbre « Meilleur des Mondes » d’Huxley et, en extrapolant davantage, apparaît le penseur américain Francis Fukuyama qui prédit que « d’ici les deux prochaines générations, les biotechnologies nous donneront les outils qui nous permettront d’en terminer avec l’histoire humaine, parce que nous aurons aboli les êtres humains en tant que tels. Alors commencera une nouvelle histoire, au-delà de l’humain ».

Le Monde – 17 juin 1999.

Mise en scène de Didier Kerckaert

Scénographie : Paul Hickin
Lumières : Olivier Desse

Avec :
Géraldine Barbe, Maryse Bresous,
Nicolas Dufour, Jean-Pierre Duthoit,
Didier Kerckaert, Xavier Mémeteau,
Paul Minthe, Luc Samaille,
Marie-Paule Sirvent

Dates

27 et 28 janvier 2004 à 20h30

Théâtre Paul Scarron

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