LES PETITES MELANCOLIQUES — FABRICE MELQUIOT

 

Le hangar, un matin.

Déjà le soleil dans la poussière des vitres.

Au fond, dans un chambranle sans porte, un arbre a poussé mort. Près de l’arbre, un petit rocher dressé.

Les cloisons tiennent debout par miracle –  elles qui font les chambres.

Les réveils ne sonnent plus, mais on entend leur tic-tac poussif. Certains n’en ont plus pour longtemps.

On entend ronfler et pisser.

Dehors, un chien aboie, un renard se fait piéger par un chasseur, une belette tombe amoureuse d’un chat.

Derrière une cloison pleure un enfant qu’on n’était pas sûr d’avoir entendu. Il pleurait pourtant bien avant qu’on soit là.

L’enfant qui pleure en se réveillant, c’est PETIT TOM.

Il apparaît. Pyjama bleu avec dessus des pompiers en vacances à la plage.

 

I La carte postale

PETIT TOM : Loup. Loup, j’ai peur. Loup, cette nuit dans les rêves j’ai reçu une carte postale. Ça y est, je vais mourir. Loup je vais mourir. Faudrait voir à pas me laisser seul avec les petons dans la terre sinon je vais faire un rhume en mourant, le nez qui coule quand on meurt c’est tout ce qu’il y a de pire. Loup. Faudrait que tu me parles de l’actualité, un bout de journal vite lu, comme ça je saurai que je ne dors plus et quel jour on est, quel jour à part que je vais mourir. Loup, le facteur je ne l’ai pas vu venir. Dans la nuit noire comme une mare de café, j’ai reçu la carte postale. C’est l’été. On voit bien que c’est l’été sur la carte postale, il y a des serviettes de bain qui font une couverture à la plage, déjà que la plage crevait de chaud on n’a pas idée. Tout le sable se jette à la mer pour ne plus transpirer sous la couverture, des kilomètres de sable, tout ce qu’il y a de pire c’est que les serviettes restent à leur place, elles flottent sur rien. Les gens sur les serviettes ne bougent pas d’un pouce, rien ne bouge sauf le sable qui n’en peut plus du soleil et va se baigner, plouf, pique une tête, Loup t’es là ? Tout ce qu’il y a de pire, c’est qu’à part la plage personne ne joue dans les vagues. Alors moi je décide d’y aller, j’étais je sais pas trop où à crever de chaud avec les autres et ça suffit, je me jette à l’eau, j’ai un petit maillot tricoté par Mam…

LOUP : Petit Tom ?

PETIT TOM : Loup, je batifole, je fais des châteaux d’eau, j’ai moins chaud, mon petit maillot est comme une éponge et il pleut, d’un seul coup, il pleut, des torrents, des cordes, directement du soleil. La carte est pleine de beaucoup de flotte, je suis dans l’eau jusqu’au cou. Loup, j’ai peur. La pluie sur la mer c’est la pagaille, fou ce que ça crépite, dans l’eau il y a la plage et la pluie, le sable est une couverture qui bouge dans les vagues et les cordes et tout le monde se dit à ce moment-là on était bien content des serviettes et du soleil et de la normalité, les serviettes elles flottent, les gens sur les serviettes sont des experts en natation, ça ne sert à rien, y a plus de plage, plus moyen d’avoir pied nulle part, la pluie et la mer ont tout pris. Moi je ne sais pas nager, alors je disparais comme dans les films de noyés, avec de l’eau du sable et des cordes dans les poumons. Loup ?

LOUP : Ouais.

PETIT TOM : Je vais mourir.

 

D’une autre cloison, apparaît LOUP avec le visage de celui qui dort peu. Torse nu, pantalon de toile noir, mocassins vernis.

 

LOUP : De quoi tu parles ?

 

PETIT TOM dans les bras de LOUP pleure encore plus fort.

 

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