LES FALAISES — STEPHANE JAUBERTIE

 

LE SAPIN

Dans le noir, juste un point lumineux.

SAM.- Là, vraiment, ça sent la fin.

PASCAL.- Éclaire-moi.

HERBERT.- Ca approche.

SAM.- Tu pourrais faire venir quelqu’un, c’est pas vivable, ici.

HERBERT.- La journée c’est très clair, et le soir, je suis fermé, alors… Et puis c’est pas au moment de vendre qu’on se lance dans les travaux ! Ca s’est jamais vu, ça.

SAM.- Et si on n’était pas là ?

HERBERT.- J’irais au lit.

PASCAL.- Il faut m’éclairer.

SAM.- Célia !

CÉLIA.- Mon amour ?

SAM.- Arrête.

CÉLIA.- Qu’est-ce que tu as ?

SAM.- Regarde si tu trouves des bougies s’il te plaît mon ange.

HERBERT.- À la cave.

CÉLIA.- Dans le noir ? Ah !

HERBERT.- Mon sapin ! Attention !

PASCAL.- Lumière !

CÉLIA.- Ca sent rien.

HERBERT.- C’est un faux.

CÉLIA.- Chez moi, à Noël, on avait toujours un énorme sapin… ça sentait encore la forêt.

HERBERT.- Oui, mais moi je préfère les en plastique. Depuis très longtemps, depuis tellement longtemps que je crois que j’ai toujours préféré les en plastique, au point d’avoir oublié les en bois…

SAM.- Arrête !… Célia !

CÉLIA.- C’est pas moi !

PASCAL.- Non, il faut m’éclairer là, vraiment, tu ne m’éclaires pas ! À chaque panne, on ne m’éclaire pas… c’est plus long, forcément !

CÉLIA.- J’aime bien les pannes, moi. Comme si Dieu fermait les yeux, le temps que ça sorte, la porte grande ouverte…

PASCAL.- Attention ! ( La lumière revient. On découvre un petit café que l’on était visiblement en train de décorer pour Noël avant la panne. Un sapin est là. Quelques guirlandes.)

CÉLIA.- Merci, mon Sam.

SAM.- C’est Pascal.

PASCAL.- Oui.

CÉLIA.- Merci, Pascal. (au sapin) Il perd ses poils.

HERBERT.- Ses piques, ma belle, ses piques.

CÉLIA.- Sa fourrure, quoi. Il est drôlement abîmé. Quand c’est trop vieux c’est trop vieux, il faut savoir changer.

HERBERT.- Changer… Il va vers son dixième Noël. Dix ans ça fatigue, c’est normal… C’est quand même plus propre, un plastique, tu le ranges, tu le sors et voilà ! Changer… Je vais pas me mettre à tout changer non plus dans ma vie pour vous faire plaisir. On a inventé le plastique, c’est pas pour couper les arbres ! C’est plein de toute une histoire, ça ! La mémoire d’ici, tu comprends !… Le remplacer par un en bois sous prétexte qu’il est vrai, complètement déraciné, qui va crever sous mes yeux un peu plus tous les jours, pendant un mois et en plus pour les fêtes, c’est d’un lugubre !… Et à cet instant, ici, personne n’a acheté, alors c’est encore moi le patron, d’accord ! (Silence. Herbert regarde par la fenêtre.)

PASCAL.- Ca vient de la guirlande. C’est elle qui a tout fait sauter…

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