Eden cinéma

de Marguerite Duras – Théâtre de l’Ephémère

Comme « L’Amant » (Prix Goncourt 1984), « Un Barrage contre le Pacifique » est une œuvre d’inspiration autobiographique. Ces deux romans nous transportent dans cette Indochine du début du siècle, où Marguerite Duras a vécu ses dix-huit premières années.

Le récit semble conduit ici et là par cette même adolescente cherchant à échapper à la misère de la plaine indochinoise. La cellule familiale composée de la mère, veuve, des deux frères (un seul dans « Le Barrage »), du serviteur asiatique, constitue l’espace restreint de son épanouissement.

La présence du personnage extérieur, jeune, richissime (l’amant et la jouissance dans « L’Amant », M.Jo et ses diamants dans « Le Barrage ») cristallise la différence, précipitant la fuite et la désintégration de la famille.

Malgré les nuances apportées ultérieurement par l’auteur (entre autres : sa mère n’a jamais tenu un piano à l’Eden Cinéma de Saïgon), nous avons là la vérité criante d’une autobiographie. Cette adolescente en Indochine, si violente, semble accompagner Marguerite Duras dans toute son œuvre, dans chacune de ses prises de paroles, chaque fois qu’elle nous surprend.
Les sentiments contraires d’amour, de haine, dans le cadre d’une nature hostile, d’un rêve exotique déçu, font éclater le lyrisme d’un sauve-qui-peut fondamental dont on ne guérit jamais.
Sauve-qui-peut pour cette Suzanne/Marguerite, sauvage, gonflée de tous les désirs, en attente. Attente d’être grande, mieux, ailleurs.
Sauve-qui-peut pour ce frère Joseph, petit frère chasseur de tigres, son premier amour.
Sauve-qui-peut pour la mère, gigantesque dans la honte, dans son obsession de barrages, lutte mythique contre le Pacifique même. Inconsolable, incapable de renoncement, accrochée à la vie comme une forcenée, alors que depuis longtemps la vie l’a abandonnée. « Désespérée de l’espoir même ».

D’après le roman de Marguerite Duras « Un barrage contre le Pacifique » .

Mise en scène Monique Hervouët

Musique Marc Lauras

Avec
Jacqueline Sandra
Anita Picchiarini
Dominique Christophe
Jean-Louis Raynaud
Thierry Vu Huu

Décor Dominique Christophe, Jean-Louis Raynaud
Réalisé par Vincent Delmond, Dominique Christophe, Georges lesnard, Frédérico Brancato
Lumières Eric Blosse
Costumes et accessoires Marie-Christine Merzereau

Photos du spectacle : http://www.flickr.com/photos/theatredelephemere/sets/72157627060133842/

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