Le Songe de Cronos

Théâtre de l’Ephémère / Compagnie Garin Troussebœuf

Au départ il y a la rencontre entre deux hommes de théâtre, l’envie de partager un jour le plateau et de se permettre une escapade ensemble hors des sentiers habituels de chacun…

Ensuite circulent des textes à s’offrir mutuellement, Mémoires d’un rat de Andrzej Zaniewski, La légende des siècles et La fin de Satan de Victor Hugo et aussi des croquis, des peintures… Toutes ces œuvres constituant des pièces de références lentement engrangées.

Ainsi naît ce conte muet et burlesque sur les jeux cruels de l’enfance.
L’histoire d’un petit être méchant et pervers qui s’accomplit dès la naissance dans la « manipulation » et la destruction. Son rêve : créer une race supérieure, à son image…

Toutes nos histoires, nos légendes sont peuplées de monstres qu’il nous faut apprendre à reconnaître comme nôtres. Ils cristallisent nos peurs les plus inavouables et finissent par ressembler à l’image que nous nous faisons d’eux.

L’aventure partagée avec Patrick Conan m’embarque dans une relation au corps et à l’espace de jeu où, je dois l’avouer, mon expérience de comédien et de metteur en scène devient dérisoire…
Car il faut réapprendre à voir et à écouter l’acteur en relation avec des objets dans ce fabuleux espace de l’illusion et de la manipulation.
Je redécouvre un état d’innocence et de naïveté qui ouvre les portes d’un univers foisonnant et exigeant.
Le sens surgit au détour d’un geste, d’un mouvement, d’une forme. L’acteur, au centre, se joue du visible et du réel, et crée une relation intime, sensible et émotionnelle avec la matière morte…
Il y a comme un état de « Dieu » et, si je n’étais pas rationnel je dirais : comme un rapport « télékinésique »…
Le verbe quand à lui, n’est maintenant plus nécessaire et l’on doit chercher la raison de la parole dans ce territoire et l’exclure si elle ne fait que paraphraser la magie des signes et empêche l’acteur de convoquer une autre sorte de parole : la parole qui écoute, la parole qui laisse parler la matière…
Je redécouvre l’acteur, cadrant son corps et ses gestes comme d’autres la parole écrite. Je suis fasciné par l’universalité de ce langage.
Les cultures multiples de notre planète, par moment, surgissent et viennent se réunir dans un fragment d’image ou le creux d’un geste ; et l’on sait à ce moment que l’acteur parle, interpelle le monde par des signes qui viennent de la mémoire des temps…

Didier Lastère.

 

Pièce tragi-comique avec œufs et objets en suspension.
Un conte cruel de Patrick Conan et Didier Lastère

Jeu et manipulation : Patrick Conan
Mise en scène Didier : Lastère
Espace, objets scéniques : Cati Chauvire
Collaboration artistique : Pascal Batard, Christophe Chatelier, Pierre-Yves Chouin, Jean-Louis Raynaud

Une création du Théâtre de l’Ephémère et de la Compagnie Garin Troussebœuf

Photos du spectacles : http://www.flickr.com/photos/theatredelephemere/sets/72157626958272173/

 

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