Le Portrait

Slawomir Mrozek – Théâtre de l’Ephémère

Ca commence comme un récit fantastique : un homme mangé par le remord, un remord qui prend réellement corps et dévore la conscience du traître.

Le Portrait c’est l’histoire de deux hommes. L’un a trahi l’autre on ne sait quand, pour qui, pour quoi. Ca se passe dans une hypothétique Pologne, c’est à dire nulle part. Dans d’hypothétiques années 60, à moins que ce ne soit aujourd’hui.
Le décor, signé Jack Percher, dessine bien l’opposition de deux mondes plutôt qu’une temporalité précise.

Le monde de Bartodziej, figé dans les années 60 et que la lâcheté ordinaire n’a pu faire évoluer et a enfermé dans une peur constante qui enfle à chaque seconde, un monde en bois lourd et en forme d’entonnoir.

Dans la grande ville au contraire se trouve un monde plus ouvert, plus vitré, celui d’Anatol qui sort de prison après quinze ans – à la suite d’une dénonciation de Bartodziej ? – et veut rattraper le temps perdu.
Il vit dans le fantasme de l’argent et des jeunes femmes à la mode. Mais ce monde n’est qu’illusion. Il suffit que Bartodziej frappe à la porte pour que tout s’effrite.

C’est une partie d’échec qui se joue entre les deux hommes, jeu ô combien prisé en Pologne, et que la lumière dessine magiquement sur les murs de l’espace.
Mais dans cette partie, où chacun (re)joue sa vie et fait les comptes, qui gagne ? Qui est le roi, le fou ?

Si la mise en scène esquisse brièvement l’image de Staline (qu’évoque le titre « Le portrait »), elle ouvre par là-même le sens et au-delà des frontières, fait entendre l’humour décapant de Mrozek.
Car si les polonais rient beaucoup à cette pièce, nous aussi nous rions de toutes les petites compromissions de chaque instant, qui détournent l’homme de la vraie vie. On se reconnaît et on rit !
Comme dit le proverbe russe « N’accuse pas le miroir si ta gueule est de travers ».

Dany Porché

Texte de : Slawomir Mrozek

Traduit et adapté du polonais par : André Kozimor
Texte paru aux Editions Noir sur Blanc

Un spectacle de Didier Lastère, Jack Percher et Jean-Louis Raynaud.

Direction de jeu et scénographie : Jack Percher

Avec : Lætitia Grange, Didier Lastère, Sandy Ouvrier, Jean-Louis Raynaud

Lumières : Etienne Dousselin
Costumes : Françoise Luro
Construction du décor : Henri Gallard
Régie plateau : Laurent Semelier
Régie générale : Pascal Batard, David Boutin, Frédéric David

Photo du spectacle : http://www.flickr.com/photos/theatredelephemere/sets/72157627060492154/

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