LE LAVEUR DE VISAGES — FABRICE MELQUIOT

 

Un garage.

Par la porte de tôle, les appels de lumière sont filtrés. D’étroits faisceaux viennent frapper la carrosserie d’une voiture, on devine qu’au dehors c’est un jour de plein soleil.

Mais là-dedans, tout autour de la voiture, trois ampoules électriques diffusent une lumière trouble, percée des flèches de lumière du jour filtré.

Un homme s’affaire, en jean et blouson.

Un seau d’eau.

Une éponge.

Une peau de chamois.

Il s’affaire, se laissant parfois toucher par les flèches de lumière. Pas pour autant qu’il s’effondre.

Il est trop concentré.

Il lave cette bagnole et à cet instant, il n’a rien de mieux à faire.

 

LE VISAGE EN FAILLITE

SAMUEL SIMORGH. Belle bagnole.

Très belle bagnole.

Tu dois y tenir.

Tu as toujours eu le goût des belles choses, Emeline.

J’ai dit : j’achète. Ce qu’il aurait fallu vendre.

J’ai dit : j’ai ce qu’il faut, tout ce qu’il faut pour acheter, c’est un coup sûr, j’ai manié le coupe-papier en ébène, j’ai regardé ma montre sans prendre le temps de la lire et j’ai vu l’engoulevent. Je l’ai vu, sitôt le téléphone raccroché, sitôt reposé le coupe-papier.

Un flash d’une demi-seconde.

Changer de vie, faut s’y faire, un changement d’adresse c’est déjà la croix mais changer de vie, tu te rends compte ? Moi, pas encore. Pas toujours. J’ai dit : j’achète. Je dis ça cent fois par jour comme on se plaint de son mal de reins, c’est ma manière de me dire alors vieux comment tu te sens ? Bien, merci, j’ai dit : j’achète. Ce qu’il aurait fallu vendre.

Ça gaze.

Il fredonne :

How does it feel

How does it feel

To be on your own

With no direction home.

Like a complete unknown

Like a rolling stone ?

Y’a combien de chevaux là-dessous ? Une bagnole pareille, c’est pas des poneys.

L’engoulevent sur le bastingage du navire. L’engoulevent, sitôt raccroché. Vue d’hélicoptère comme au cinoche, l’engoulevent accroché au bastingage, un suicidaire à sa fenêtre, toujours le même je sais que c’est lui, si j’avais su ce que ça veut dire, un engoulevent, j’aurais dit : je vends. Mais je ne savais pas le sens de l’engoulevent. Pas encore. Alors j’ai acheté. Ce qu’il aurait fallu vendre. J’ai dit : j’achète, voilà ce que j’ai dit et tout a basculé. Emeline, la vie c’est le casino.

Coulé à pic, pas une bouée à portée de main, à pic. Torpillé en une demi-seconde et deux mots, les engoulevents ils forgent les haches du tonnerre, qu’est-ce que j’en savais ? Tu le savais toi ? Les haches du tonnerre, rien que ça. Tout pris sur la gueule. Tu trouves que je rabâche ?

Faudrait que je passe mon permis. Tu l’as eu du premier coup, toi ? Je me souviens plus.

Si tu rêves, si tu penses à un engoulevent, même sans en avoir vu ne serait-ce qu’une fois, t’es un homme mort.

 

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