L’ACTRICE EMPRUNTÉE — FABRICE MELQUIOT

 

L’actrice vient s’allonger sur le divan.

Silence.

Elle doit s’asseoir, assise elle peut faire face.

Faire face à celui ou celle qui la regarde.

Elle s’assoit.

ELLE. Bonjour.

Elle sourit.

Bonjour.

Elle sourit.

Après bonjour, je ne sais plus quoi dire, c’est si.

Elle sourit.

C’est très.

Vous allez bien ?

Elle ne sourit plus.

De vous à moi, je ne savais pas, qu’on se retrouverait là vous et moi, c’est quand même.

J’allais rentrer chez moi, je passais voir, rien, ça ne vous regarde pas qui je passais voir, je passais, je ne suis même pas maquillée.

On m’a dit : je t’emprunte.

Ce n’est pas donné de dire non, non tout de suite.

Je n’ai pas l’habitude de, il y a des actrices douées pour ça, des actrices qui sans texte se débrouillent aussi bien, moi je.

Vous avez de belles mains.

Elle regarde les siennes.

On m’a dit : je t’emprunte, juste un moment, tu t’allonges tu fais comme si, et les gens t’écoutent, tu dis ce que tu veux, c’est bien joli mais c’est pas.

Pas.

Compliqué.

On croit que les actrices, ça se vide facile, comme les poissons, vous voyez, on croit.

À cause de ça, du métier d’actrice, mais.

On croit qu’une actrice, ça se vide ou que ça se baise facile, les poncifs, l’eau courante, vous saisissez.

Non, vous voyez bien que non. Vous voyez bien que là, je suis toute.

Devant vous, toute.

Nue.

D’un coup, c’est con.

Elle rit.

Et si vous, si vous me disiez quelque chose, sinon j’ai peur de.

Qu’on en reste là, qu’on ne se rencontre pas, que vous gardiez de moi une impression de.

Je ne sais pas comment dire.

Une sale impression.

Alors que j’ai accepté ça, pour.

Je ne sais pas pourquoi, parce que je ne sais pas dire non.

Je voulais juste passer, j’avais un truc à récupérer et quelqu’un à voir.

Ne me dites surtout pas ce que vous pensez de moi, parce que là.

Elle regarde autour d’elle, comme pour chercher une sortie.

Je reviens.

Elle se lève.

Fait quelques pas.

Elle sourit.

Et retient ses larmes dans le même temps.

Revient s’asseoir sur le divan.

En scène, je me contrôle tellement.

C’est tellement plus.

C’est autre chose quoi, ce ne sont pas mes mots. Avec les mots d’un autre, c’est tellement plus. On ne cherche pas. Tout est là. Et quand c’est de la poésie, alors.

Tandis que là.  

 

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