La guitare

Théâtre de l’Ephémère

Il y a d’abord le texte de Michel del Castillo comme un diamant noir : une initiation.
Et puis, sorti de la bouche sombre du théâtre, un acteur, roulé dans la pâte épaisse des heurs et malheurs et l’inconformité : Didier Lastère prête son corps au Nain et danse sur les cordes de « La Guitare » au risque d’être, comme lui, lapidé par la foule.

C’est une histoire singulière, adressée au secret qui ne sera pas gardé mais offert à qui voudra bien s’en trouver révélé.

Sur fond d’âpre mélancolie galicienne, un nain bossu en proie à sa propre mise au monde sera initié, à la faveur d’une rencontre avec un gitan de passage, à l’art de la musique et aux pouvoirs secrets de la guitare, en même temps qu’à la difficulté d’être différent…

L’Art, solution unique au mal de vivre.

Une histoire qui prend aux tripes, un acteur inoubliable, une mise en scène en parfaite adéquation, 1h15 de vibration intense. Et quel texte ! Adaptation de Jack Percher d’un roman de Michel del Castillo ; il s’agit bien pourtant ici de théâtre.

Tour à tour conteur et personnage, Didier Lastère dans une violence contenue, nous assène l’histoire tragique de ce nain monstrueux de Galice qui naît à la vie le jour où il connaît l’extase de la musique.
Il nous entraîne dans un monde rude et fruste où la mer lèche les rochers comme « une bête en rut », où la pluie fait verdir des collines désertes et où les hommes usent des femmes comme d’un outil.

Dans une économie remarquable d’effets, la mise en scène et l’éclairage sont percutants.
L’auteur cite les monstres grimaçants de Goya mais c’est à Francis Bacon qu’on songe en permanence devant ce plateau rouge de la scène où se tordent des fragments de corps et le laid devient beau.
Tout comme dans l’histoire où, sublimé par la musique, le nain condamné à l’exclusion espère trouver enfin sa place parmi les hommes.

« Les artistes ont un étrange pouvoir sur les maladies  » dit le nain. Nous croyons nous aussi au pouvoir étrange du théâtre où le comédien joue de son corps, de sa voix, comme d’une guitare pour nous faire entrevoir la vie… La vraie vie.

Le Dauphiné libéré/Vaucluse Matin – 11 juillet 1996.

D’après le récit de Michel Del Castillo

Publié aux Editions du Seuil

Adaptation Jack Percher

Avec Didier Lastère

Mise en scène et scénographie Jack Percher
Construction du décor Vital Desbrousses
Lumières Pascal Batard
Assisté de David Boutin
Dramaturgie Michel Marty, Dany Porché
Collaboration artistique Maurice Chevit, Jean-Louis Raynaud

Photos du spectacle : http://www.flickr.com/photos/theatredelephemere/sets/72157627060426004/

 

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