LA CHEVELURE DE BÉRÉNICE — STEPHANE JAUBERTIE

 

STATION 1 – LA MONTAGNE

En haut d’une vertigineuse montagne d’ordures, dans les fumées. On devine un homme et un enfant.

AVEUGLE.- Petite !… petite, je sais que tu es là.

Que fais-tu là, seule, à t’égarer dans la montagne ? Retourne travailler avec les autres.

Viens ici.

Viens ici, tu entends ! Ne m’oblige pas à venir te chercher. (L’enfant s’éloigne.)

Reste là ! Où vas-tu ? Par là c’est le vide !

On est au bord… La terre s’effondre par ici. Tu pourrais glisser et disparaître à tout jamais.

C’est ça que tu veux ? N’avance pas.

Écoute ma voix, écoute, elle te guidera.

Viens, viens dans les bras de ton vieil aveugle… (Elle s’éloigne encore.)

Qu’est-ce que tu cherches ?

Tu veux t’envoler, c’est ça ? Tu veux t’envoler du haut de la montagne ?

Pour aller où ?

Au-delà des gaz et des vapeurs ?

Mais ma chérie, il n’y a rien à voir derrière le brouillard !

Au-dessus de nous, il n’y a rien, et en dessous, il y a la ville, immense et sans pitié, qui ne te veut pas.

Nous sommes au plus haut, il n’y a personne au-delà et il n’y a rien ailleurs, alors sois raisonnable, petite, éloigne-toi du vide et prends-moi la main.

Viens retrouver les autres.

Viens. (Il avance vers elle avec précaution.)

Ma chérie… (Elle tombe.)

Petite !…

 

STATION 2 – LA RUE

La nuit. L’enfant au sol, dans une rue déserte. Derrière une fenêtre, une lumière. Soudain, deux voix.

A.- Tu as entendu ?

B.- Oui.

A.- C’était quoi ?

B.- À l’extérieur. Quelque chose… on dirait que quelque chose est tombé du ciel… (La fenêtre s’ouvre.)

A.- Que fais-tu ?

B.- Je regarde.

A.- Il n’y a rien à voir à l’extérieur ! Ferme ! Il fait si noir… Il n’y a pas d’étoiles, pas de lune, et déjà je sens le froid qui se glisse à l’intérieur…

B.- Là !

A.- Où ?

B.- Là, dans la rue… comme une pierre.

A.- Une pierre ?… Tombée du ciel ?

B.- Ca bouge… comme un animal.

A.- Un chien ? Un chien tombé du ciel ?

B.- Pas de chien.

A.- Un loup ? Tombé du ciel ?

B.- Pas de loup, non. Comme un enfant.

A.- Un enfant ? Un enfant tombé du ciel ?

B.- De là-haut, oui.

A.- Il n’y a rien là-haut ! Que du vent, du froid et de la nuit.

B.- De la montagne. Il est tombé de la montagne.

A.- La montagne aux fumées ? Un enfant-poubelle ! C’est un enfant-poubelle ! Un de ces gosses qui poussent dans les gaz et les acides, au cœur de nos ordures ?…

,

Les commentaires sont fermés.