JOJO AU BORD DU MONDE — STEPHANE JAUBERTIE

SCÈNE 1

Une rue déserte, inondée de soleil. Jojo est là, seul, assis sur un ballon dégonflé. Brille son blouson rouge. Apparaît Anita. Dans un fauteuil roulant suit Jilette.

ANITA.- Abracadabri Y a d’la chance par ici

Abracadabro La chance tu l’as dans l’dos

Abracadabreu Ouvre tes jolis yeux

Abracadabra La chance est devant toi !

(elle trébuche) Et merde !

JOJO.- On se connaît ?

ANITA.- Anita la bonne fée.

JOJO.- Pour quoi me faire ?

ANITA.- Exaucer ton vœu le plus cher !

JOJO.- Et d’où ça sort ?

ANITA.- D’assez loin mon trésor ! Cette étoile, tu la vois ?

JOJO.- Où donc ?

ANITA.- Ouvre les yeux mon couillon.

JOJO.- Dans les yeux j’ai le soleil.

ANITA.- Au-delà. C’est là que je crèche. Tu la vois ?

JOJO.- C’est vite vu. À bientôt midi, chère apparition, ça fait belle lurette que les étoiles n’existent plus.

ANITA.- Ca me ferait mal ! Bien sûr qu’elles existent ! Ca voit pas plus loin que le bout de son nez alors ça coupe les ailes à l’invisible ? T’es tout aveuglé par la surface, mais derrière la lumière, si t’y fais un trou, tu verras les étoiles, tu peux me croire. Elles sont toutes là, endormies, en attendant la nuit.

JOJO.- Ca dort une étoile ?

ANITA.- Comme un bébé.

JOJO.- Et ça rêve ?

ANITA.- Comme tout le monde.

JOJO.- À quoi ?

ANITA.- À filer dans tous les sens.

JOJO.- Et la vieille ?

ANITA.- Ma mère, la bonne fée Jilette. Si le cœur t’en dit, tu peux l’appeler mémé.

JOJO.- M’en dit pas, merci.

JILETTE.- Bruine, roucoulade, poisson-clown, oasis…

JOJO.- Ca yoyote.

ANITA.- Ca rêve.

JOJO.- Dans tous les sens.

ANITA.- Le décalage horaire. (Jilette s’étouffe. Anita lui donne à boire) Là, doucement mamoune. Tout va bien. Par ces chaleurs, ça a besoin d’eau les mémés.

JILETTE.- Où sommes-nous qui ?

JOJO.- Elle est drôlement décalée.

ANITA.- Elle perd un peu la carte, c’est de son âge. La mémoire qui se fait la malle.

JOJO.- Vous avez pensé à vous en séparer ?

ANITA.- C’est ma mère et elle n’a que moi.

JOJO.- Pour finir en douce, elle serait mieux en maison de retraite. Il vient d’en pousser une juste au bout de la rue. On la voit d’ici.

ANITA.- Tu connais les prix ?

JOJO.- C’est pas gratis pour les fées ?

ANITA.- Gratis… Tu crois au Père Noël !

JOJO.- Faut pas ?

ANITA.- Si.

JOJO.- Vous êtes vraiment des vraies ?…

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