GRAND-MÈRE QUEQUETTE

de Christian Prigent

Grand-mère Quéquette est lavandière. Le verbe haut (c’est le breton qui sort quand le français échoue à nommer le monde !), dotée d’une solide constitution, elle est à la fois terrible et douée d’une rude tendresse. On peut dire qu’elle est, avec son petit-fils / narrateur, le personnage principal de cette histoire. Le récit s’achève quand elle meurt et le dernier chapitre, consacré à la dernière visite que lui fait l’auteur, vibre d’une affection libérée de l’effort que l’écriture aurait fourni pour la faire passer du côté de l’éternité.Il faut oser donner ce titre à un roman ! Il faut le tenir entre les mains pour réaliser qu’il ne s’agit pas d’un album pour la jeunesse ni d’un brûlot gentiment pornographique. L’impertinence du titre est en parfaite cohérence avec la personnalité et les goûts de son auteur. Christian Prigent aime aller voir où ça gratte, débusquer nos monstres intimes et traduire tout ça dans une langue qui n’aurait pas oublié qu’elle passe d’abord par « not’tube », comme dit Valère Novarina, un fleuve en danger constant de débordement.

Extrait

« Grand-mère par exemple, quand elle a ses nerfs, elle plante Grand-père devant la soupière. Descente à la cave. Elle empoigne la hache qu’était en attente oblique au billot. Sortie sur jardin. Au fond : clapiers et poulailler après les choux et les fumiers. Dérapages dans crottes, jurons, gémonies, ouverture grillage. Un peu de branle côté charnière, déjà ça gémit. Prasin lépreux sur le chambranle, socquette moche de mousse, patine noire gramouille, ça va : décor raccord. La poulaille dedans clopine et caquète en effervescence de trouille légitime. Dedans plus un brin, gadoue absolue : la poule c’est un Hun. Appel des cocottes : Kodak, Kojak, Cosak, Cacolac. Comptine un, deux, trois : toc, ce sera toi. Mais Toi pas OK. La noire carapate. La blanche tricote. La rousse en danseuse. Le reste peloton à dos qui moutonne parmi piailleries et coliques réflexes : ça merde la bouillasse. Le gros coq autruche planque son papillon de crête ostensible sous une aile façon bouclier peau-rouge : ni vu ni connu. Le petit hargneux s’ébouriffe un peu pour la dignité mais double la file de ses dulcinées en berzingue à donf. L’inconscient poussin persiste à pépier innocent mignon, perd rien pour attendre. L’œuf se tient au coi de nulle émotion, ne sait pas encore que son tour viendra…

Texte de Christian Prigent, publié aux Editions POL

Une création de :
Julie BERES – Compagnie les Cambrioleurs
Madeleine LOUARN – Théâtre de l’Entresort
Annie LUCAS – Théâtre de Folle Pensée
Charlie WINDELSCHMIDT – Compagnie Dérézo
Alexis FICHET, Alexandre KOUTCHEVSKY – compagnie Lumière d’août

Avec :
Marie Augereau, Farid Bouzenad, Jeanne François, Denis Lagrâce, Monique Lucas, Delphine Simon.

Dramaturgie : Alexandre Koutchevsky
Lumières et régie générale : Maurice Srocynski
Scénographie : Yannick Noblet
Vidéo : Wilhem Mastagli
Musique : Bérengère Lebâcle, Jérémie Cordonnier
Construction, costumes et régie plateau : Ronan Ménard
Son : Jimmy James

Co-production : CDDB – Théâtre de Lorient/CDN, La Fonderie-Le Mans, Compagnie les Cambrioleurs, Théâtre de l’Entresort, Théâtre de Folle Pensée, Compagnie Derezo, Compagnie Lumière d’août.

 

Dates

Mardi 20 et mercredi 21 mars à 20h30

Théâtre Paul Scarron

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