Estafette, Adieu Bert — Luc Tartar

 

 

1. Le moral des troupes

Une salle de bal désaffectée. Un plancher disjoint, des miroirs. Contre le mur du fond, un vélo. Dans un coin, quelques paniers en osier, semblables à ceux utilisés pour le transport des pigeons voyageurs. Debout, au centre de la salle, Gus a les bras en l’air. Toinou lui fait face et le tient en joue. Au loin, le bruit de la canonnade.

Gus :Tire.

Toinou : J’peux pas.

Gus écarte les bras.

Gus : Tire.

Toinou : J’peux pas.

Gus : Tire bordel.

Toinou : J’PEUX PAS !

Gus se précipite sur Toinou, plaque la paume de sa main droite contre le canon du fusil.

Gus : Et comme ça ? Il se presse le ventre contre le fusil Comme ça ? Il se retourne, se plaque le fusil dans les reins Comme ça ? De nouveau, il plaque la paume de la main droite contre le fusil Tu peux pas me rater comme ça…

Toinou : Trop près.

Gus : Trop prés ?

Toinou : Ta main… Trop prés du canon du fusil. Temps Si je tire maintenant la plaie sera trop nette et prouvera que le coup a été tiré à bout portant. Souviens-toi de ce qui est arrivé au plouc du 33ème et du rapport du médecin militaire : « La présomption de mutilation volontaire ressort de ce que l’orifice d’entrée du projectile et le tatouage de la plaie siègent du côté de la paume de la main. » La paume Gus. Se tirer une balle dans la paume de la main c’est de la pure folie… Autant prendre rendez-vous tout de suite avec le peloton d’exécution sans même passer par la case conseil de guerre.

Gus : La case conseil de guerre envoie de toute façon au peloton d’exécution. Toinou : Le plouc du 33ème s’en est sorti vivant.

Gus :  Sans les honneurs.

Gus s’empare du fusil et se vise le pied.

Toinou : De quoi me parles-tu ?

Gus :  Je veux pas m’affaler en pleurs devant le conseil de guerre.

Toinou : Tu feras comme tout le monde…

Gus : Si ce trou dans le pied ne suffit pas je jure que je vais me passer le corps à la moulinette…

Toinou : C’est une façon de s’affaler en pleurs…

Gus, visant subitement Toinou : Fais pas chier Toinou. Fais pas chier…

Temps.

Toinou : Tire. Vas-y. Tire. Fais-moi un trou dans le gras du bide. Un trou dans les muscles fessiers ou dans l’extérieur de la cuisse. Vise-moi ces bourrelets. C’est spongieux et plein de vaisseaux sanguins. Tire. Y’a pas de danger. Ca va pisser le sang sans abîmer les organes vitaux. Déchirer quelques centimètres carrés de chair humaine… Titiller les terminaisons nerveuses sans remettre en cause mon processus vital. Tire nom de Dieu. Là. Là. Ou là. Il se pointe différents endroits du corps. Moi aussi Gus je fais dans mon froc quand je pense à l’assaut de cette nuit. Moi aussi je suis prêt à me décrocher la mâchoire ou à me retourner les dix doigts. Et si pour ça je dois passer devant le conseil de guerre je ferai comme tout le monde. Je jouerai mon va tout. Je m’affalerai en pleurs. Ils me regarderont avec le dégoût. Ils diront Regardez ce plouc du 61ème. Une vraie lavette. Elle nous a léché les bottes la salope. L’honneur de m’en fous Gus. J’ai peur…

Gus : Ta gueule Toinou…

Toinou : Tire mon ami. Et après tous les deux on ira dans les tranchées. On fera le tour des popotes. Bras dessus bras dessous. Moi comme une passoire et toi à la moulinette.

 

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