DE PASSAGE — STEPHANE JAUBERTIE

 

L’hiver

LE FILS.- Dis.

LA MÈRE.- Oui.

LE FILS.- Là, je suis mort ?

LA MÈRE.- Non, mon chéri.

LE FILS.- Et toi, tu es morte ?

LA MÈRE.- Non. Dors.

LE FILS.- Tu y vas ?

LA MÈRE.- C’est l’heure.

LE FILS.- Pas déjà.

LA MÈRE.- Il faut que j’y aille.

LE FILS.- Un peu, reste. Le temps que je m’endorme.

LA MÈRE.- Je vais être en retard.

LE FILS.- Quand je me réveillerai, tu seras là.

LA MÈRE.- Comme tous les jours.

LE FILS.- Pas comme tous les jours. Un jour, je me réveillerai, et tu ne seras pas là.

LA MÈRE.- Pourquoi dis-tu ça ?

LE FILS.- Parce que c’est vrai. Reste.

LA MÈRE.- Je devrais être déjà partie.

LE FILS.- Et si demain… je ne me réveille pas ?

LA MÈRE.- Ne dis pas des choses comme ça.

LE FILS.- Maman.

LA MÈRE.- Oui.

LE FILS.- Tu savais qu’il y a des fleurs même en hiver ? À l’école, on l’a vu.

LA MÈRE.- Tu me diras ça demain.

LE FILS.- Maman.

LA MÈRE.- Je vais être en retard à l’hôpital.

LE FILS.- La lumière, tu la laisses.

LA MÈRE.- La lumière, tu n’as jamais dormi avec.

LE FILS.- S’il te plaît.

LA MÈRE.- Si je la laisse, tu ne vas pas dormir.

LE FILS.- Celle du couloir, juste. Elle se glissera sous la porte, et ce sera bien.

LA MÈRE.- D’accord. Je ferme maintenant. Bonne nuit, mon fils.

LE FILS.- Au revoir.

Il faut que je te dise. Il n’y a que trois jours importants dans la vie d’un homme :

Hier, aujourd’hui, et demain.

D’où tu es, si tu regardes bien, tu peux voir dans le noir.

Tu peux voir l’enfant seul, dans son lit.

Regarde. Tu verras qu’il ne dort pas.

Il a les yeux ouverts et, dans ses yeux, il y a des images.

Ce soir, comme tous les soirs, sa mère est partie.

En attendant son retour, il pense aux jolies choses et le sommeil le prend.

Au matin, elle est là, assise au bord de l’enfant. Et c’est un nouveau jour qu’elle apporte.

Mais ce soir, il ne dort pas. Il a des images.

Tellement, qu’il se lève.

Vois comme il se lève.

Dis-toi qu’il va vers la lumière qui l’attend derrière la porte.

Ouvre.

Dans le couloir, personne. Que lui et la lumière.

Un couloir, c’est fait pour être traversé. Alors il le traverse.

Au mur, il y a des photos.

Les souvenirs, l’enfant passe devant sans les regarder.

Sauf celui du bout. Son préféré…

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