DANS LA SOLITUDE DES CHAMPS DE COTON VARIATION(S)

de Bernard-Marie Koltès

Un dealer et son client. L’un est dépendant de l’autre, et vice versa.

Marie-Laure Crochant s’empare de ce rapport ambigu décrit par Koltès et interroge le désir. Elle aborde le texte comme un matériau ; la langue devient physique, organique et le moteur du mouvement.
L’univers sonore électrique et l’espace de jeu prend la forme d’une installation plastique dont les spectateurs fixent les contours. Et le texte se fait entendre, instinctif et animal, soutenu par une forte présence des corps.

Cette première mise en scène de Marie-Laure Crochant revisite la pièce de Koltès en la traitant sous forme de variations, créant ainsi un objet polysémique aux frontières flottantes. Avec une écriture scénique sensible, elle propose une expérience réflexive pour tous les acteurs – interprètes comme spectateurs.

Un voyage dans les eaux troubles du désir.

Extrait

LE DEALER
(…)
Mais plus le vendeur est correct, plus l’acheteur est pervers ; tout vendeur cherche à satisfaire un désir qu’il ne connaît pas encore, tandis que l’acheteur soumet toujours son désir à la satisfaction première de pouvoir refuser ce qu’on lui propose ; ainsi son désir inavoué est exalté par le refus, et il oublie son désir dans le plaisir qu’il a d’humilier le vendeur. Mais je ne suis pas de la race des commerçants qui inversent leurs enseignes pour satisfaire le goût des clients pour la colère et l’indignation. Je ne suis pas là pour donner du plaisir, mais pour combler l’abîme du désir, rappeler le désir, obliger le désir à avoir un nom, le traîner jusqu’à terre, lui donner une forme et un poids, avec la cruauté obligatoire qu’il y a à donner une forme et un poids au désir. Et parce que je vois le vôtre apparaître comme la salive au coin de vos lèvres que vos lèvres ravalent, j’attendrai qu’il coule le long de votre menton ou que vous le crachiez avant de vous tendre un mouchoir, parce que si je vous le tendais trop tôt, je sais que vous me le refuseriez, et c’est une souffrance que je ne veux point souffrir.

Mise en scène
Marie-Laure Crochant

Avec
Giuseppe Molino
Simon Le Moullec
Stéphane Fromentin

Collaborateur artistique
Laurent Cazenave

Son
Stéphane Fromentin

Scénographie
Bénédicte Jolys

Lumières
Stéphane Hulot

Avec la complicité de
Anne Théron

Le texte est publié aux Editions de Minuit

Dates

Mardi 24, Mercredi 25 et Vendredi 27 Janvier à 20h30
Jeudi 26 Janvier à 18h30
au Théâtre Paul Scarron

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