CRAWL

de Jean CagnardTybalt Compagnie

Ici les ventres, lorsqu’ils sont fertiles, accouchent du feu et les bouches sont des ventres où se développe le langage dans le liquide de l’amour. Les fœtus prennent la parole avant de posséder des bouches, les enfants portent des noms écrits dans la gorge et le feu porte celui d’enfant. Il est question de conception, de contraception, de stérilité, de grossesse, d’accouchement, d’origine, de naissance, et de la suite : prendre sa place d’humain, souvenez-vous…
Jean Cagnard
Crawl, c’est le nom donné au rejeton de l’humanité, c’est aussi une proposition : si on reprenait tout depuis le début, si on en revenait à l’origine, de la vie, du couple, du feu, des mots…
Le texte de Jean Cagnard envisage l’humanité dans ce qu’elle partage : naître, concevoir, donner la vie. Elle le fait selon deux échelles, celle de l’espèce et celle de l’individu ; et selon deux espaces, celui de l’intérieur et celui de l’extérieur. Dans le ventre et dans le monde. Dans un cas, il s’agit de naître, dans l’autre d’accoucher.
Crawl répond à ma recherche théâtrale, comme si soudain la distance devenait juste pour pouvoir dire, l’écriture est fragmentée, transposée, explosive et délicate, elle dit là où je me sens, désespérément humaine et joyeusement vivante.
Céline Thiou

Extrait

Un homme : Ils firent ça dans les toilettes de la mairie, puis dans le confessionnal de l’église, pour que leur mariage se fasse sur les arguments de la grossesse.

Une femme : Parce que son père avait pris l’habitude de se retirer avant l’instant fatal, l’enfant qui naquit de cette contraception primitive et spectaculaire, resta très sensible au courant d’air.

Un homme : Ils firent ça à genoux assis couchés debout courbés pliés tendus croisés, lovés noués imbriqués encastrés emmaillés embouteillés englabubaduboncasiés accroupis debout flexion extension poirier salto arrière double vrille carpée réception impeccable, la tête sagement posée sur l’oreiller, comme un poème aplati.

Une femme : Quand j’étais petite, je croyais que le sexe du monsieur restait dans le ventre de la dame, qu’il grossissait et devenait bébé.
J’étais atteinte ou quoi ?

Texte de Jean Cagnard

Conception, mise en scène: Céline THIOU
Réalisation vidéo: Paul PETERSON, Céline THIOU
Création son: Paul PETERSON

Jeu :
Isabelle BOUHET
Karim HAMMICHE
Jean-François COCHET
Céline THIOU

Création lumière : Rodrigue MONTEBRAN

Dates

18 et 19 octobre 2005 à 20h30
20 octobre 2005 à 18h30
21 et 22 octobre 2005 à 20h30

Théâtre Paul Scarron.

J’ai rencontré Jean Cagnard et ses textes à l’occasion d’une lecture et d’un stage d’écriture au Théâtre de l’Ephémère.
J’ai lu les nouvelles, les pièces, tout ce que j’ai pu trouvé édité ou tapuscrit, ce qu’il m’a envoyé… A l’égal de l’homme, ce sont de belles rencontres.

Son écriture se coltine à la vie frontalement, crûment parfois, sans jamais cesser de s’émerveiller et de rire. L’énergie empathique de ses textes, il me semble qu’elle est toute entière dans sa façon de saisir en même temps, l’humain et l’inhumain, le tragique et le drôle, le visible et l’invisible. Il nous fait le coup de la prose naïve, de la remarque anodine… Et le piège se referme. S’il nous égare parfois, c’est pour mieux nous surprendre, nous émouvoir l’air de rien.

Céline Thiou

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