COSTA LE ROUGE — SYLVAIN LEVEY

1.

PAPÉ.- Regarde mes ongles Costa.

COSTA.- Ils sont propres papé bien propres et coupés court comme il se doit.

PAPÉ.- Regarde mes doigts Costa.

COSTA.- Ils sont sans fautes papé des vrais doigts de fée.

PAPÉ.- Regarde mon cou Costa.

COSTA.- Il est blanc comme neige ton cou papé.

PAPÉ.- C’est un cou qui ne connaît plus le soleil.

Un cou qui ne connaît plus le vent, Costa, le vrai.

Regarde mes pieds fiston.

COSTA.- Ils sont au chaud.

PAPÉ.- Au sec, Costa, dans des chaussettes délavées et des chaussons usés.

2.

COSTA.- Tu fais quoi papé ?

PAPÉ.- Je gratte la terre Costa.

COSTA.- Dans une jardinière papé ?

PAPÉ.- Les géraniums ont remplacés les pommes de terre.

COSTA.- Tu fais quoi papé ?

PAPÉ.- Je creuse un trou Costa.

COSTA.- Pourquoi creuser un trou papé ?

PAPÉ.- Pour y planter une graine Costa.

 

3.

COSTA.- Tu fais quoi papé ?

PAPÉ.- Je chante. J’essaie. Faire résonner ce qu’il me reste de voix.

4.

COSTA.- Papé.

PAPÉ.- Mes ongles propres.

COSTA.- Papé.

PAPÉ.- Mes doigts propres mon cou tout blanc.

COSTA.- Papé.

PAPÉ.- Mes pieds si tu savais Costa

Comme les arbres des villes

Peuvent plus respirer la faute au ciment

Mes pieds si tu savais Costa

Comme deux bouts de bois

Veulent plus bouger

Comme deux branches mortes

Attendent comme un fagot le prochain feu de joie.

COSTA.- Tu fais quoi papé ?

PAPÉ.- Je pleure Costa.

5.

PAPÉ.- Pouvais pas faire autrement.

COSTA.- Tu sais.

PAPÉ.- Fallait vendre.

COSTA.- Papé.

PAPÉ.- Les pommes de terre.

COSTA.-Je ne savais pas.

PAPÉ.- Pouvaient plus pousser.

COSTA.- Qu’un papé ça pouvait pleurer

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