CHARLIE ET NEMO

de Bernard Allombert

Des enfants soldats, encore, toujours…
Un garçon, une fille, quelque part dans une jungle comme il y en a tant dans notre monde déboussolé.
Confrontés à l’horreur du sang et de la violence, aux jeux les plus cruels et aux massacres aveugles, ils oscillent tous deux entre soumission, détermination et remise en question, sauvegardant malgré tout au fond d’eux une parcelle d’humanité.Deux enfants malmenés, détruits, embrigadés dans la folie guerrière des adultes..
Deux enfants qui, entre deux coups de feu, aimeraient tant rentrer chez eux pour manger les galettes de leur mère.

Les contes pour enfants recèlent souvent, on le sait, des motifs d’horreur insondables. De Barbe Bleue au Petit Chaperon rouge en passant par La légende de Saint- Nicolas, les bains de sang sont légions et choquent bien souvent les imaginations enfantines.

Charlie et Nemo font partie de ces enfants soldats des guerres africaines à qui l’on a dérobé l’enfance. Ils ne jouent plus à la guerre, ils sont plongés dans un conflit bien réel, manipulés par de vrais soudards, chefs sans scrupules. Pourtant, dans cet enfer, l’enfance est là, tapie dans l’ombre. Et l’imagination travaille à plein régime dans ce si grand monde auquel ils sont livrés, si petits. Dans les forêts, derrière des buissons, au bord des routes, ils imaginent ce qui pourra les sauver, les rendre invisibles.

Un dispositif d’ombres et de marionnettes, de voix et de sons laisse toute sa place à l’évocation La réalité transfigurée par la poésie d’un espace théâtral qui ne manque pas d’enchantement traite avec une grande sensibilité l’actualité du tumulte du monde, pas si loin, dans le réel africain où deux enfants rêvent, tout de même, le coeur battant.

François Rodinson

Liberté ? des voix s’élèvent…

Extrait

Charlie : Alors tu l’as vue ?

Nemo : Je l’ai vue.

Charlie : Et tu as tiré ?

Nemo : J’ai tiré.

Charlie : Tu as tiré .

Nemo : J’ai tiré.

Charlie : Comment elle était ?

Nemo : Elle était comme on est quand on te voit et qu’on va te tirer dessus.

Charlie : Elle pleurait où elle criait ?

Nemo : Elle pleurait pas elle criait pas elle regardait.

Charlie : Elle regardait quoi ?

Nemo : Moi.

Charlie : Toi ?

Nemo : Moi elle me regardait elle me quittait pas des yeux.

Charlie : Et tu as tiré où ?

Nemo : J’ai pas regardé j’ai visé j’ai tout déchargé elle a mis ses mains devant sa figure ça lui a troué les mains j’ai visé plus bas elle a baissé les mains ça a fait la bouillie comme Goff il avait dit que ça devait faire et comme ça faisait quand on s’entraînait et quand y jetait des seaux de sang sur le mannequin.

Charlie : Le mannequin il te regardait pas.

Édité en 2008 – Belgique
Lansman Editeur

mise en scène : François Rodinson
assisté de Emeline Touron et Jean-Thomas Bouillaguet

marionnettistes : Pascale Pinamonti et Catherine Hugot
création sonore : Hervé Birolini
scénographie : Ezéquiel Garcia-Romeu

mardi 15 et jeudi 17 février à 20h30, mercredi 16 février à 19h

au Théâtre Paul Scarron

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