Catalina in fine — FABRICE MELQUIOT

 

Catalina in situ

 

 

À l’usine.

Machines.

Boutons, leviers, pistons.

 

CATALINA, au public.

Il ne faut pas me regarder.

Tournez-moi le dos.

Tournez-vous.

Toi, tourne-toi.

Silence.

 

 

Tu devrais avoir honte.

Vous devriez tous avoir honte.

Je sais.

Que vous êtes venus pour me voir.

Tous.

Parce qu’on vous a parlé de moi, on vous a parlé de Catalina.

On vous a dit : il faut que tu voies ça, la voir pour le croire.

À moins qu’on vous ait invités, juste pour me reluquer et vous allez bientôt partir en bâillant, parce que vous en avez déjà vu en vrac des montres dans mon genre, en vrac et des paquets, bien, bien, vas-y, bâille.

Honte sur vous.

Honte sur toi.

Tourne-toi, j’ai dit.

Vous vous croyez à la foire ?

Je ne veux pas que vous me regardiez.

Tourne-toi.

Silence.

Vous avez de la chance de pouvoir me tourner le dos.

Moi, je ne peux pas.

Tourner le dos.

Parce que si je tourne le dos, on voit mon anomalie.

Parce que j’ai une anomalie.

Tu sais ce que c’est ?

Vous le savez ?

C’est une amusette.

Une bricole.

Qui fait que tu n’es pas comme les autres, pas normal pour toute la vie et malgré la chirurgie corrective, rien n’y fait, bien, bien.

Une coquetterie dans l’œil, c’est une anomalie.

Tu ne sais pas ce que c’est, une coquetterie dans l’œil ?

C’est en gros la meilleure manière de dire que tu louches comme un bigleux, bienfait pour toi si tu as une coquetterie, si tu louches et que t’es bigleux, la honte.

Moi, j’ai deux visages, de toute façon tu le  sais, on te l’a dit : il faut que tu voies ça, Catalina In Fine, la petite fille au deux visages.

Alors ?

Tu reluques ?

 

Silence.

 

Je suis des sœurs siamoises, sauf que je n’ai pas de sœur.

C’est lourd à porter, alors je fais semblant d’être méchante et ça marche, j’ai déjà fait pleurer des gens.

C’est bien de faire pleurer des gens, tu te sens important.

C’est important de se sentir important, ça fait oublier ton anomalie.

 

Silence.

 

 

 

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