AU PONT DE POPE LICK – NAOMI WALLACE

Prologue

Noir. Puis nous voyons Dalton assis sur un tabouret au lointain, dans un coin. Nous ne voyons que son dos. À côté de lui, une petite bougie. Dalton se sert de la flamme pour faire des ombres chinoises. Nous voyons les ombres mais nous ne discernons pas ce qu’elles représentent.

DALTON.- Ça c’est un. Cheval.

Il fait une autre ombre avec ses mains.

Ça c’est un cygne. Non. Pas un cygne, merde. Un faucon. Oui. Un faucon. Non. Il n’y a pas de serres. C’est un canard.

Il fait une autre ombre.

Maintenant c’est un crabe. Voilà les pinces. Mais mince. On dirait un bouc. Avec une barbe.

Il fait encore une ombre. Pace apparaît. Elle est là, mais pas là. Elle se tient derrière Dalton.

PACE.- Ce n’est pas un bouc, Dalton Chance. Réfléchis un peu. C’est un oiseau. Un pigeon. Comme ceux qui vivent sous le pont.

Dalton se retourne lentement et scrute l’obscurité. Il ne voit pas Pace, bien qu’elle soit visible pour nous. Il l’appelle doucement.

DALTON.- Creagan ? Pace Creagan ? C’est toi ?

Il se lève. Il crie dans sa direction.

Va-t’en au diable, Pace Creagan !

Pace renverse la bougie, et c’est le noir.

ACTE 1

Scène 1

Quelques mois plus tôt. Deux jeunes, Pace et Dalton, font la course jusque sous le pont de Pope Lick Creek. Pace y arrive la première. Ils ont couru et sont tous les deux essoufflés.

DALTON.- Tu es partie en avance !

PACE.- Nan. C’est toi qui n’as pas de poumons dans ta petite poitrine. Écoute-moi ce bruit de crécelle.

DALTON.- Je ne fais pas un bruit de crécelle.

PACE.- Si. Qu’est-ce que t’as là-dedans ? Une poignée de clous.

DALTON.- Je me suis tordu la cheville.

PACE.- C’est ça, c’est ça.

DALTON.- Alors c’est là ?

Ils regardent au-dessus d’eux.

PACE.- Oui.

DALTON.- C’est pas si haut que ça.

PACE.- C’est à plus de trente mètres. Par rapport à la rivière.

DALTON.- Tu parles d’une rivière. Il n’y a pas d’eau : elle est à sec.

PACE.- M’en fiche ; de toute façon je ne sais pas nager. Quelle heure est-il ?

DALTON.- Bientôt sept heures.

PACE.- L’heure exacte.

DALTON.- Six heures quarante et une.

PACE.- Elle traverse à sept heures dix. Parfois même à douze. Parfois elle arrive à sept heures neuf dix jours d’affilée, et puis pof, elle a trois minutes de retard. Elle n’est jamais exacte, tu ne peux pas t’y fier. C’est ça que j’aime.

DALTON.- Tu l’as fait combien de fois ?

PACE.- Deux fois. Une fois avec Jeff Farley. Une fois seule.

DALTON.- Tu mens. Jeff Farley ne l’a jamais fait.

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